samedi 14 avril 2012

ET LES ATHÉNIENS S'ATTEIGNIRENT

J – 22               
3 , 2 , 1 , 0 ! …  4,4 %, 3 %, 0 % !
Les projets présidentiels doivent nous montrer le chemin et le point que l’on voudrait atteindre. Ils sont donc très importants. Encore faudrait-il qu’ils respectent le principe de réalité.
Est-il vraiment raisonnable et opportun de parler aujourd’hui de retraite à 60 ans, d’encadrement des loyers, de blocage du prix de l’essence, de la tranche d’impôt à 75 % pour les plus riches des plus riches, du permis de conduire, des langues régionales, de la proportionnelle aux législatives, du vote des étrangers, du droit pour les victimes de faire appel… Vous avez remarqué que la plupart de ces sujets étaient des engagements de Hollande ? C’est vous qui l’avez dit !
Ce n’est certes pas que ces questions ne soient pas importantes. Elles le sont, certaines plus que d’autres. Mais ce n’est pas la première priorité, loin de là.
Le 7 mai au matin nous aurons fini de jouer. Le monde aura les yeux rivés sur le président de la République française et sur les premières décisions qu’il prendra ( nous ne pensons pas seulement aux marchés, dont on finira bien par comprendre qu’ils sont d’abord des témoins avant d’être des acteurs).
Va-t-il immédiatement s’attaquer aux véritables causes qui menacent de plonger la France dans la crise, assurément plus grave que ne l’imaginent les français ? Va-t-il, au contraire, persister dans le déni de réalité qui afflige tous les observateurs étrangers avisés ?
Surtout ne pas attendre les législatives et attacher tout de suite les ceintures. Cessons de mentir : tout le monde va devoir les serrer. Et plus on le ferra rapidement et moins le  nombre de crans sera élevé.
Une seule réalité : nos déficits. Une seule exigence : le respect de nos engagements.
Notre déficit budgétaire doit être réduit à 4,4 % en 2012, 3 % en 2013, 0 % en 2016.
L’élu aura le choix des moyens, pas des résultats. Aucune excuse ne saurait être acceptée, ni l’héritage (c’est la faute d’avant), ni les boucs émissaires (c’est à cause des marchés), ni les préalables (sans croissance les engagements ne tiennent plus).
Retenez bien : 4,4 %, 3 % et 0 %.  Si l’on ne tient  pas ces objectifs rien d’autre ne sera possible.
Si non, c’est là athéniens s’atteignirent…
A Dieu vat !

jeudi 12 avril 2012

HOLLANDE JOUE LA MONTRE


J - 24
Hollande reste le favori des sondages. 
Au football, très souvent, l’équipe qui méne se regroupe en défense, ne prend aucun risque et botte en touche à chaque fois qu’elle a le ballon. C’est classique mais parfois dangereux. Hier au soir, en demi-finale de la coupe de France, le club de Rennes, grand favori, qui fait partie de l’élite du championnat français, jouait contre Quevilly, modeste équipe de division nationale. Sans surprise Rennes mène rapidement un but à zéro.  Le plus dur est fait, il ne lui reste plus qu’à conserver son avance. 25 minutes avant la fin Quevilly revient à son niveau et part à l’assaut. On sent la fébrilité monter chez les rennais qui continuent à jouer la prudence. Compte tenu de leur supériorité ils sont convaincus de l’emporter lors des prolongations. A la dernière minute Quevilly marque à nouveau et se qualifie pour la finale. Le favori n’a pas encore compris ce qui lui est arrivé.
Non, vous n’êtes pas en train de lire "l’Équipe", vous êtes toujours sur " Les 500 derniers jours du parti socialiste ", mais c’est vrai, il y pourrait y avoir quelques similitudes.
Souvenez-vous. Sondage Ipsos Logica le 29 octobre 2011 : Hollande  à 35% et Sarkozy à 24%, 11 points de différence et 62% contre 38% au second tour, 24 points de différence. Aujourd’hui Sarkozy avec 28 % a rattrapé Hollande au premier tour, qui est même légèrement dépassé avec 27%, selon les sondages actuels. Mais Hollande reste le favori de l’élection avec une avance qui est encore de 8 à 10 points au second tour. Prudent il joue donc la montre.
Sa prestation hier soir à « Des paroles et des actes » était révélatrice. Comme Lætitia Bonaparte qui répétait sans cesse : « pourvu que ça dure !» Alors pas d’improvisation.
On lui fait remarquer que contrairement à Mitterrand, avec la peine de mort et Jospin avec les 35 heures, il n’avait pas vraiment de mesures symboliques ? Il répond fiscalité, banques et décentralisation. On lui demande les conséquences qu’il tirerait d’une reprise de la tourmente financière ? il annonce : " si elle vient nous prendrons les mesures appropriées ". Il précise même " Je ne reverrai pas mes promesses sous la pression de la spéculation ". On essaye de lui en faire dire un peu plus sur les économies budgétaires qu’il pourrait prendre en arrivant à Élysées au lieu de rester dans le flou de la simple annonce d’un « gel provisoire de dépenses » ? Il explique qu’il faut attendre les résultats du rapport de la cour des comptes qui sera présenté après les législatives. On l’interroge sur ce qu’il entend vraiment obtenir de la renégociation du traité européen ? Il parle "d’améliorer, d’ajouter, de compléter ". Il faudra se contenter de la volonté que l’Europe puisse emprunter ou la BEI (ce qui ne devrait pas être trop difficile vu que c’est son métier et qu’elle gère depuis des décennies des programmes européens, régionaux, nationaux de relance des investissements).
Tout de même, à la fin, il se lâche. Alors qu’il est interpellé sur sa stature présidentielle et qu’on lui fait remarquer que, s’il est jugé dans les sondages comme le plus sympathique, c’est à Sarkozy que l’on attribue la meilleure stature présidentielle, il conclut avec l’une de ses blagounettes qui sont sa marque de fabrique : " La stature, on l’acquiert quand on est président, la sympathie c’est plus difficile… ".
Il lui faut encore tenir comme cela jusqu’à ce que les français sifflent la fin de la partie !

lundi 9 avril 2012

LES DIX COMMANDEMENTS DE NICOLAS SARKOZY


J - 27
Hollande bat Sarkozy 60 à 32. Il ne s’agit pas du dernier sondage mais du nombre de proposions publiées par les candidats. Nous avons présenté celles de Hollande (" Les dix commandements de Hollande", le 29 janvier 2012), il nous faut faire de même avec son adversaire, sous la même forme des dix commandements.
1er commandement : Le peuple tu consulteras et la représentation nationale modifieras. Le référendum sera utilisé à chaque fois que des mesures importantes  seront bloquées par désaccord des partenaires sociaux ou obstruction politique de l’opposition. Sont visés, notamment, les accords de compétitivité emploi (qui doivent donner aux représentants des salariés la possibilité de négocier, au niveau de l’entreprise, des accords sur le temps de travail et l’emploi) et les réformes concernant les institutions. Le nombre de parlementaires sera réduit et un certain nombre de députés sera élu à la proportionnelle (dans les deux cas, il a évoqué 10 % comme ordre de grandeur).
2ème commandement : la croissance tu promouvras et le chômage combattras. Nous avons déjà évoqué les accords compétitivité emploi qui doivent éviter les licenciements en cas de baisse d’activité. Les autres mesures concernent, l’intégration dans le salaire de la prime pour l’emploi pour les salariés qui gagnent entre 1.000 et 1.400 euros nets par mois (+ 840 euros par an pour un Smic), l’obligation pour les bénéficiaires du RSA d’effectuer 7 heures d’activités d’intérêt général, l’instauration d’un droit à la formation pour tous les chômeurs qui devront, en contrepartie, accepter tout emploi correspondant à la qualification acquise, l’exonération des charges patronales à l’embauche des personnes de plus de 55 ans.
3ème commandement : L’Europe tu contraindras. Il s’agit d’instaurer la règle de réciprocité dans les engagements  commerciaux entre l’Europe et le reste du monde (en l’absence d’accord sous un an, la France réservera ses marchés publics aux seules entreprises européennes), de réserver une partie des commandes publiques aux PME européennes et d’exiger de l’Europe un meilleur contrôle de l’entrée des personnes à ses frontières (en l’absence d’accord la France prendra des meures unilatérales).
4ème commandement : Les évadés tu poursuivras. Un impôt sera appliqué aux exilés fiscaux qui s’installent à l’étranger exclusivement pour des raisons fiscales et un impôt minimum, basé sur le chiffre d’affaires mondial, sera appliqué aux grands groupes.
5ème commandement : La jeunesse tu chériras. Les élèves de maternelle ou de CP en grande difficulté seront pris en charge systématiquement afin que plus un seul enfant ne rentre au collège sans savoir lire, ni écrire, ni compter. La présence des professeurs au collège, en dehors des heures de cours, sera accrue pour soutenir les élèves qui en ont besoin, avec, en contrepartie, une augmentation de leur rémunération. Il sera crée une  "banque de la jeunesse" qui se portera caution pour les jeunes et leur permettra de financer leurs études ou un projet de création d’entreprise. L’alternance sera généralisée en dernière année de Baccalauréat professionnel et de CAP, année au cours de laquelle les élèves passeront 50% de leur temps en entreprise.
6ème commandement : La justice tu durciras. Il conviendra de réformer en profondeur la justice des mineurs de moins de 18 ans et de donner aux victimes le droit de faire appel des décisions des cours d’assises et des tribunaux correctionnels, ainsi que des décisions de remise en liberté.
7ème commandement : L’immigration tu diminueras. La France restera un pays ouvert mais le nombre d’étrangers accueillis sera réduit de moitié. Le regroupement familial sera conditionné à la connaissance préalable de la langue française et des valeurs de la République. Nous avons déjà évoqué, avec l’Europe, le contrôle renforcé aux frontières.
8ème commandement : Des mesures sociales tu prendras. Les retraites seront payées le 1er du mois au lieu du 8, la réforme de la dépendance sera engagée à partir de 2013, 200.000 places supplémentaires de garde d’enfants seront offertes et 750 maisons de santé pluridisciplinaires crées pour lutter contre les déserts médicaux.
9ème commandement : Le nombre de logements tu augmenteras. Plutôt que d’instituer un blocage des loyers qui ne fera que réduire l’offre, il propose d’accroître de 30% les droits à construire pour augmenter l’offre de logements, de diminuer par deux, dans les trois prochaines années, les droits de mutation sur les résidences principales, d’achever la rénovation urbaine en lançant un second plan de rénovation de 18 milliards.
10ème commandement : Le nucléaire tu conserveras. Pas de fermeture pour d’autres raisons que de sécurité et poursuite de la modernisation du parc. Parallèlement , le  développement des énergies nouvelles se poursuivra.
Voilà. Le jugement dernier, c’est maintenant.




samedi 7 avril 2012

ÉLÈVE BAYROU, AU PIQUET


J – 29
Nous n’aurons pas tenu longtemps avant de revenir aux chiffres, mais c’est à cause de Bayrou qui avoue lui-même, à propos du chiffrage de son programme par Sarkozy : « Je n’ai rien compris aux chiffres qu’il a donnés… il a dit :  " on a un déficit de 103 milliards, auquel on a ajouté 12 milliards de dépense nouvelles, cela fait 115 milliards. Il faut donc trouver 53  milliards". En tant que défenseur du calcul mental dans la politique française, je dis au Président de la République que s’il a un déficit de 115 milliards, il ne suffira pas de trouver 53  milliards … Ces chiffres sont à la portée du cours moyen 2ème année ».
Reconnaissons que les finances publiques ne sont pas naturellement limpides et que nos hommes politiques ne cherchent pas vraiment à être clairs. Mais lui, champion de la lutte contre les déficits, européen convaincu et député qui depuis des décennies, qui vote (ou ne vote pas) le budget, il n’a pas compris ? Il y a si longtemps que nous le payons pour comprendre…
Même s’il n’est pas logique de commenter un projet présidentiel en commençant par son financement (mais nous parlerons très bientôt des propositions de Nicolas Sarkozy), nous allons donner à Bayrou un petit cours particulier (dommage qu’il n’ait pas lu notre chronique du 4 avril sur " les engagements du candidat Sarkozy ", il aurait peut-être compris). Nous ne ferons pas compliqué : additions seulement.
Le chiffrage concerne à la fois le retour à l’équilibre budgétaire et le financement des nouvelles mesures. Nous avons déjà expliqué, le 4 Avril, les 115 Mds à trouver. Il convient maintenant d’y ajouter 9,5 Mds de mesures annoncées pendant la campagne, ce qui fait bien 124,5 Mds. OK ?
Sur ce total, 71 Mds concernent des mesures déjà votées et qui ont commencé d’être appliquées (par exemple : réforme des retraites,  poursuite de la réduction des effectifs de la fonction publique, tranche additionnelle de l’impôt sur le revenu, non indexation de l’ISF et de l’Impôt sur le revenu….).
Restent donc 53,5 Mds à formaliser.
40 Mds proviendront d’économies sur les dépenses publiques (26 sur le budget de l’Etat et des collectivités territoriales, 13 par des mesures de maîtrise des dépense de santé, 1 de réduction des dépenses de RSA).
13,5 Mds viendront de recettes nouvelles (par exemple : la taxe sur les transactions financières, l’imposition de grands groupes sur le bénéfice mondial consolidé, la hausse de la fiscalité sur les dividendes….).
Récapitulons : 71 + 53,5 (40 + 13,5) = 124,5. Le compte est bon et c’est bien sur ces bases que sera présentée à Bruxelles la nouvelle version de " La stratégie pluriannuelle des finances publiques de la France" qui engagera notre pays et que Hollande devra rectifier s’il arrive au pouvoir.
Vous aurez sûrement remarqué que si le PS ne s’est pas privé de critiquer Sarkozy sur ses choix budgétaires, sur la nature des économies proposées, sur le réalisme de certaines hypothèses, il ne s’est pas risqué sur le terrain de l’arithmétique. Pas plus que les journaux sérieux. Et si la droite tire à vue sur le financement du projet de Hollande ce n’est pas sur des arguments de calcul mental mais parce qu’il ne dit pas quelles économies budgétaires il décidera, ou qu’elle émet, à son tour, des réserves sur les hypothèses.
Difficile de croire que Bayrou aurait un problème avec les chiffres, quant à l’agrégé de lettres qu'il est, il doit savoir lire. Les blagounettes, il ferait mieux de les laisser à Hollande, qui est meilleur que lui. 
Dommage, parce que s’il avait voulu « taper » ses concurrents de droite et de gauche, il avait de quoi faire : comment croire à la croissance de 2 % par an de l’UMP et de 2,5 % du PS ? Comment fait-on pour limiter la croissance des dépense publiques à 0,40 % (Sarkozy) ou 1 % (Hollande) ? Pourquoi le projet de Hollande reste-t-il muet sur les économies budgétaires qu’il devra faire pour tenir ses engagements ?
Quel beau sujet pour lui : la France qui va dans le mur parce que les deux principaux candidats racontent des balivernes aux français. Mais il a choisi de retourner en primaire. Les sondages ont raison, il ne mérite pas la moyenne, il aura moins de 10 !
Reste le vrai sujet, que se passera-t-il si les hypothèses de croissance et d’économies ne se réalisent pas. On oublie les engagements, ou on accroît la rigueur ?
Une piste peut-être, l’acceptation ou le refus de la règle d’or.


PS : Pour ceux qui souhaiteraient tous les détails, ils les trouveront sur ce lien :
http://www.u-m-p.org/sites/default/files/fichiers_joints/pages/programme_2012.pdf
Ce n’est pas la preuve que les chiffres sont justes (il s'agit du site du candidat Sarkozy) mais que le chiffrage est détaillé à la décimale près et que non seulement l’addition, mais aussi la soustraction sont maîtrisées.

vendredi 6 avril 2012

LA MARIE-JOSEPH EST UN BEAU BATEAU

J – 30
Nous connaissons maintenant les programmes des deux favoris et leur chiffrage. Celui que nous avions anticipé pour Sarkozy était donc le bon. Nous procéderons plus tard aux quelques ajustements nécessaires, mais nous pouvons, aujourd’hui au moins, vous épargner les calculs et oublier les chiffres. Un peu de repos avant de faire à nouveau chauffer les calculettes.
De toute façon, maintenant, les tours de magie, on les connaît et les trucs sont éventés.
A droite, avec Sarkozy, c’est il faut dépenser moins et ne pas trop augmenter les impôts. A gauche, avec Hollande, c’est on ne baisse pas les dépenses, on prélève plus d’impôts.
L’objectif n’est pas tellement différent : l’équilibre budgétaire en 2016 ou en 2017, la belle affaire. Et l’irréalisme est également partagé : Sarkozy annonce que les dépenses n’augmenteront pas plus que de 0,40 % par an et Hollande de 1 %. Pour le premier, la croissance s’élèvera à 2 % par an à partir de 2013,  pour le second jusqu'à 2,5 %.
On pourrait décortiquer, disséquer, pinailler, mais c’est un exercice tout à fait vain car une seule chose est sûre, rien de tout cela n’arrivera. Les divergences, au moins sur le plan des finances publiques, sont sans grande importance. Au point d’aveuglement, ou de mensonge, où nous sommes arrivés, les programmes des candidats ne pèsent plus lourd.
Le futur président, quel qu’il soit n’aura plus, bientôt, grand-chose à décider sur notre destin (sauf le droit de vote pour les immigrés et le mariage homosexuel). Comme pour l’Irlande, la Grèce, l’Italie, l’Espagne, les vraies décisions se prendront bientôt à Berlin, Bruxelles, Washington…
L’ironie est que nous serons dirigés par un(e) directeur du FMI, pas celui que l’on attendait, mais celle qui l’a remplacé. Quant à Madame Merkel, il faudra se dépêcher du lui apporter sur un plateau notre signature sur le nouveau traité européen et la supplier de nous autoriser à pomper dans le MES.
Coup de blues ? Oui, il y a un peu de désespoir, d’autant plus profond qu’il n’a rien à voir avec les sondages et le choix à venir des français. Quel qu’il soit, l'elu ne nous sauvera pas…
Deux questions, en ce Vendredi saint, sur notre chemin de croix.
Quel est, parmi les grandes économies démocratiques, le pays où les dépenses publiques sont les plus élevées, les impôts les plus lourds, les prestations sociales les plus généreuses, le temps de travail -sur la semaine, l’année, la vie- le plus faible ?
Quel est, parmi les grandes nations démocratiques, le pays où un tiers des électeurs va voter soit pour la gauche marxiste, soit pour la droite extrême ?
Hélas, hélas…Peut-on penser qu'il n'y ait pas de lien ?
Ce qui est étonnant, ce n’est pas notre endettement, ni notre chômage, ni notre faible croissance. Le miracle français est que cela ne soit pas pire. Pour le moment…
« Encore heureux qu’il ait fait beau et que la Marie-Josèphe soit un beau bateau » chantaient les Frères Jacques.
Sur le Titanic, on dansait avant le naufrage. En France, on vote.

jeudi 5 avril 2012

AU SECOURS, LE CHANGEMENT ARRIVE !


 J – 31
Hollande vient de présenter les principales mesures qu'il prendra au début de son mandat.
Habile pour se placer dans les médias à la veille de la présentation de son programme par Sarkozy. Mais, sur le fond, strictement rien de nouveau : les principales des « 60 propositions » sont présentées dans l'ordre prévu pour leur mise en œuvre: avant fin juin, du 3 juillet au 1er août et entre fin août et juin 2013.
La prochaine fois, pour tenter de faire à nouveau le buzz, on pourra les présenter par ordre alphabétique. Peu de risque, en revanche, qu’elles soient déclinées en ordre de coûts budgétaires croissants...Bien joué en tout cas et pas seulement pour tenter de brouiller l'annonce de Sarkozy, mais parce que cela crédibilise le slogan : " Le changement, c'est maintenant".
Il n'aura échappé à personne que la première période correspond au temps qui précède les élections législatives.
On y trouve, bien entendu, des mesures "populaires" : l'augmentation de 25% de l'allocation de rentrée scolaire, la création d'un mécanisme de caution solidaire pour permettre aux jeunes d'accéder à la location, le doublement du livret A et du LDD qui devient le Livret Épargne Industrie, la retraite à 60 ans pour les personnes ayant commencé à travailler à 18 ans et cotisé 41 annuités, l'arrêt de la RGPP  (c'est à dire du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux). Elles ont toutes un coût budgétaire que chacun présentera à sa manière, sur la première année, pendant le quinquennat, au cours de toute leur période d'application. Ce qui est sûr, au total, beaucoup de dépenses.
Mais est-il surprenant que pour fêter un événement heureux on offre la tournée ?
On y trouve ensuite les mesures "politiques" (pour ne pas dire "populistes") : réduction de 30 % de la rémunération du chef de l’État et des ministres (merci de nous préciser s'ils pourront cumuler avec une retraite de haut fonctionnaire ou de parlementaire, sans viser personne...), publication des déclarations d'intérêt par les membres du gouvernements (la déclaration de patrimoine est déjà une obligation et tout le monde a eu connaissance de celui de Nicolas Sarkozy et de son évolution au cours des cinq dernières années), fixation d'un éventail de 1 à 20 des rémunérations dans les entreprises publiques (on aimerait bien savoir qui cela va concerner vraiment car, dans les établissements publics, c'est déjà l'Etat qui fixe les rémunérations ; quant aux « entreprises publiques » - selon la définition de l'INSEE ce sont celles dans lesquelles l'Etat possède la majorité - il n'en reste plus beaucoup. Quid donc de France Télécom., Air France, EADS, Areva...?). On trouve aussi, parmi les premières mesures du quinquennat, l’abrogation de la circulaire sur les étudiants étrangers et  de nouvelles dispositions pour lutter contre le délit de faciès lors des contrôles de police...Symbolique !
Mention spéciale pour le blocage des prix des carburants pendant trois mois, ce que les électeurs devraient apprécier avant les législatives, à condition que le cours du pétrole ne baisse pas juste à ce moment-là ! Espérons que la mesure sera appliquée au niveau des entreprises pétrolières et non des pauvres distributeurs qui seraient injustement pénalisés. Quant aux pétroliers, il leur suffira de se couvrir sur les marchés financiers contre la hausse des cours, cela ne coûte pas cher et de toute façon ils l’incluront dans leurs prix, juste avant la mesure de blocage....
Il y a, enfin, les initiatives diplomatiques dont on attend avec impatience le
résultat : la présentation aux partenaires européens du "Pacte de responsabilité, de croissance et de gouvernance" qui est censé modifier le projet de traité actuel et l'annonce aux alliés de l'OTAN du retrait de nos troupes d’Afghanistan avant la fin de 2012.
Vous aurez certainement remarqué qu’il n’y a rien sur la crise. Quelle crise ? La seule chose qui menace la France, c’est Sarkozy. Pas de bras, pas de chocolat ; plus de Sarkozy, plus de crise.
Nous ne continuerons pas avec  la liste des autres mesures annoncées pour les deux périodes suivantes (la seconde correspond à une session extraordinaire du parlement en août et la troisième à la session ordinaire de rentrée), ce ne sont que du copier-coller des 60 propositions du candidat.
Notons simplement la présentation au parlement de la  « loi de programmation pluriannuelle des finances, fixant la trajectoire de retour à l'équilibre budgétaire en 2017 ». C'est le document que nous réclamions dans notre précédente chronique. Donc nous l'aurons après la présidentielle et les législatives. Pas folle la guêpe!

PAROLE DE FEMME
Avant de poster ce texte nous avons écouté Hollande lors de son grand meeting de Rennes, ce mercredi soir. Pas de surprise sur le fond. 75 % d’antisarkozysme, 25 % de redites sur des idées qu’il rabâche depuis des mois. Là n’est pas le propos.
Ce qui restera de cet évènement, c’est une image, celle que l’on ne verra jamais, celle qui a été ratée.
Ségolène Royal ne laisse personne indifférent. Elle séduit ou elle agace, mais c’est une vraie personnalité. Et elle a obtenu 17 millions de voix aux dernières élections présidentielles, plus que Jospin en 2002.
Hier soir elle s’était mise au service du candidat du parti, en maitresse de cérémonie. La grande réconciliation, le passage de témoin entre la candidate d’hier et celui d’aujourd’hui. Cet évènement marquera la campagne.
Imaginez ce moment exceptionnel de téléréalité. Un couple de 30 ans, séparé aujourd’hui, mais qui a conquis ensemble tous les échelons de la République, et qui, quoi qu’il soit arrivé et quoi qu’il arrive, continuera de partager une famille de quatre enfants.
Après un long travail sur elle-même, des échecs, des trahisons, des humiliations, elle monte sur scène superbe et généreuse, pour passer le flambeau à son ancien compagnon.
Lui, pas un regard, pas une embrassade, pas de mains qui se serrent, même pas un poing réuni pour la victoire des camarades. Sourire gêné, demi-tour et sortie en forme de rejet…
Une femme qui m’est proche et qui ne milite pas en politique, la plus fidèle de mes lectrices, avait pronostiqué en 1986, après l’avoir croisé dans une école, que Sarkozy serait un jour président de la République. Hilarité des experts qui avaient bien perçu qu’il réunissait sur sa pauvre tête à peu près tous les handicaps. La même, au début de 2006, affichait la  certitude irraisonnée de sa victoire.
Ce soir, à propos de hollande, elle a fait le commentaire suivant que seule les femmes pourront, sans doute, décoder : « Cet homme a un problème avec les femmes ; il ne sera pas président ».

mercredi 4 avril 2012

LES ENGAGEMENTS FINANCIERS DU CANDIDAT SARKOZY


J – 32
C’est presque un scoop ! Alors que l’on nous annonce,  pour incessamment sous peu, les détails du projet de Nicolas Sarkozy, nous nous sommes procuré un document qui dit tout sur ses engagements de retour à l’équilibre des finances publiques et de réduction de la dette.
Voyons d’abord les principaux engagements :
-Déficit public ramené à 4,5 % en 2012, 3 % en 2013 et retour à l’équilibre en 2016.
-Progression des dépenses en volume : 0,8 % en 2012 puis 0,4 % en moyenne à partir de 2013, ce qui réduira le niveau des dépenses publiques à 52,8% en 2016 (56,2 % aujourd’hui).
-Le niveau de la dette en pourcentage du PIB reculera de 88,3 % en 2012 à 81,8 % en 2016 (et 79,8 % hors endettement lié à l’aide aux Etats en difficulté de la zone euro).
-Prévisions de croissance de 1 % en 2012 puis de 2 % sur la période 2013-2016.
-Les prélèvements obligatoires augmenteront de 44, 8 % du PIB en 2012 à 46 % en 2016.
Voilà donc la réponse aux questions que nous posions depuis longtemps.
Reste à savoir comment on fait pour parvenir à ce résultat. Le document dont nous disposons donne tous les détails. Bien entendu c’est très technique. Nous nous limiterons donc aux grandes lignes.
Notons que nous retrouvons le fameux chiffre de 115 milliards d’efforts sur la période, dont 2/3 en économies de dépenses et 1/3 en recettes nouvelles, annoncé par le candidat.
Les économies (75 milliards) sont très largement réparties : poursuite de la réduction des effectifs de la fonction publique, maîtrise de la progression de la masse salariale, réforme de l’Etat, économies résultant de la réforme des retraites, limitation à 2,5 % par an de la progression des dépenses de santé, gel des concours de l’Etat aux collectivités locales, etc.
Les recettes fiscales sont déjà, pour l’essentiel,  déjà actées (réductions de niches fiscales, majoration de l’impôt sur les grandes entreprises, tranche additionnelle de l’impôt sur  les hauts revenus, non indexation de l’impôt sur le revenu et l’ISF, etc.) et produiront leurs effets jusqu’en 2016 pour un total de 41 milliards.
Tous les détails sont disponibles…
La question, évidemment, est comment y croire. Les promesses, on connaît !
Sauf qu’il ne s’agit pas de promesses mais des engagements formels que la France a pris à l’égard de ses partenaires européens et, comme on le sait sans doute, la commission de Bruxelles dispose maintenant de tous les moyens de contrôle et d’un arsenal de sanctions redoutable en cas de non-respect. Reconnaissons que c’est un petit peu plus crédible que des promesses électorales.
Comment avons-nous fait pour obtenir toutes ces informations alors que du matin au soir les commentateurs regrettent que l’on nous laisse dans l’ignorance sur les moyens de réduire les dépenses et sur la nature des recettes nouvelles qu’il faudra mobiliser ?
C’est tout simple, il s’agit d’un document public que l’on peut consulter sur internet, sur le site budget.gouv.fr. Il s’intitule « Stratégie pluriannuelle des finances publiques de la France ». C’est l’engagement de la France devant l’Union européenne. Ce document, tout ce qu’il y a d’officiel, est actualisé périodiquement. D’ailleurs, mais c’est sans doute un hasard, sa future mise à jour doit intervenir prochainement, sûrement quelques jours après l’annonce de son programme par Sarkozy !
Deux questions en conclusion.
La première : pourquoi la presse ne fait-elle pas son travail et ne nous a-t-elle pas commenté ce document qui est l’un des engagements internationaux les plus importants que notre pays ait pris depuis longtemps ? Si nous ne l’avons pas commenté correctement, que ceux dont c’est le métier le fasse, car il s’agit de la crédibilité de la France.
La seconde, qui est à méditer pour la suite de la campagne, est la suivante : est-ce que la parole d’un président en exercice, fusse-t-il candidat, a le même poids que celle d’un autre candidat qui prétend le devenir ?
Et une requête : si cet engagement de la France convient au candidat socialiste, qu’il s’engage à le respecter. S’il veut le renégocier qu’il demande aux militants socialistes de la direction du Budget, qui ne manquent pas, de le réécrire. On pourra ainsi comparer en toute clarté. Chiche ?

dimanche 1 avril 2012

LA PIPE AU PAPA DU PAPE PIE PUE


J – 35
La citation est de Jacques Prévert, dans " La crosse en l’air " : « hélas hélas, la pipe au papa du Pape Pie pue ». Quel rapport avec l’élection présidentielle ? Nous y reviendrons plus tard...
Constatons d’abord que nous avons été écoutés et que la campagne a gagné en vigueur, grâce à un événement qui a redressé le débat. Il s’agit d’une enquête sur le sexe et la politique que l’on doit à l’Ifop pour le célèbre et respecté magazine, dit de charme, "Hot Vidéo". Cette "étude" teste le lien entre le degré de satisfaction sexuelle et les positions( !) politiques, ainsi qu’entre les pratiques sexuelles en liaison ( !) avec la proximité politique.
Inutile de hausser les sourcils et de faire l’innocent(e). Comme tout le monde vous avez été abreuvés de commentaires dans les médias et vous avez sûrement attendu quelques instants avant de changer d’émission… pour retomber sur le même sujet. C’est pas vrai ?
Pour notre part, non seulement nous avons tout écouté mais nous avons lu les 27 pages du rapport détaillé sur le site de l’Ifop. Désolé, nous ne donnerons aucun détail (et pourtant, il y en a !) mais avouerons tout de même que, depuis,  nous sommes plongés dans la perplexité la plus profonde sur notre orientation et nos pratiques … politiques.
Tout de même, si l’on ne peut nier le grand intérêt scientifique d’un tel "exercice", surtout à un tel moment (le CSA va-t-il l’intégrer dans le partage des temps alloué aux candidats ?), ne trouvez-vous pas que, comme la pipe au papa du Pape Pie,… ça pue ?
Il y a peu nous écrivions " vous êtes priés de surveiller votre vocabulaire " et listions quelques uns des mots interdits car susceptibles d’avoir une connotation raciste. Rassurez-vous, si toutes les statistiques sur nos origines sont interdites, sur le sexe vous pouvez tout savoir, fréquence, comment, avec qui, à combien et même des choses que maman nous avait cachées ! Freud en tomberait sur … les fesses.
Sinon, toujours rien d’intéressant chez nos candidats. Pourtant, il y a eu deux nouvelles de très grande importance, ces derniers jours. Certes, le sujet est moins sérieux que l’enquête susvisée, il ne s’agit que de l’évolution de la crise et des mesures prises par l’Europe pour sauver les pays menacés de faillite.
Sur la crise, nous avons appris que le déficit public de 2011 serait inférieur aux prévisions, 5,2 % contre 5, 7 %, meilleur donc que nos engagements européens. Que disent nos candidats ? Sarkozy se félicite de constater que la rigueur budgétaire paye, bonne nouvelle. Hollande rétorque que le seul chiffre important est celui de la dette qui augmente, passant de 82,3 % du PIB à 85,8 %, mauvaise nouvelle. On continue donc à nous prendre pour des billes.
Une baisse du déficit budgétaire de 0,50 % c’est 9/10 milliards ! On reste, certes, loin du compte, il en manque encore une centaine pour arriver à zéro déficit en 2016 ou 2017. Mais c’est toujours ça de moins qu’il faudra trouver et surtout cela montre que la politique menée est efficace.
La dette augmente ? Comment pourrait-il en être autrement ? On sait bien que pour réduire vraiment la dette il faut revenir à l’équilibre budgétaire et enregistrer de la croissance. En réalité, c’est un petit peu plus compliqué mais moins que ce que dit François Hollande : « Dès que nous aurons une progression de 1 % en volume des dépenses publiques, si la croissance elle-même est supérieure à 1 %, la part des dépenses publiques dans la richesse nationale diminuera ». C’est pas clair ? Pourtant il y a un énorme aveu. Primo, les dépenses publiques continueront à croître de 1 % par an en plus de l’Inflation. Secundo, avec lui, la croissance de la dette en % du PIB (on ne parle pas de désendettement) ne cessera que si la croissance est supérieure à 1 %. Si ce n’est pas le cas tant pis. Les engagements de réduction du déficit ne seront pas tenus et la dette recommencera d’augmenter. 0 % de déficit en 2017, c’est donc du ... pipeau. L’alternative, c’est, demi-tour droite, comme en 1983, avec une  baisse drastique des dépenses publiques, ou la Grèce ! Mais personne ne semble bouleversé par cette évidence.
Autre nouvelle qui semble laisser de marbre nos candidats : un accord a été trouvé entre les 17 pays de la zone euro pour relever de 500 à 800 milliards les mécanismes financiers destinés à lutter contre la crise de la dette souveraine. On peut dire que le dispositif est trop complexe, qu’une partie est déjà engagée, que c’est insuffisant (la France plaidait pour 1.000 milliards). Mais cela devrait permettre la ratification par l’Allemagne du fameux mécanisme européen de stabilité (information confidentielle : le MES, c’est le truc que les socialistes ont refusé de voter mais qu’ils seront bien heureux de trouver en arrivant au pouvoir, au moment ou l’Espagne va entrer en turbulence,… avant que cela ne soit notre tour).
Peut-on se satisfaire des explications de Hollande sur ce qu’il fera quand son projet de renégocier le traité européen de stabilité empêchera ce mécanisme d’entrer en activité ? Il faudra trouver autre chose que l’antisarkozysme…
Mais ne soyons pas négatifs. Il y a tout de même un sujet important dont on  parle aux français : la ratification du traité européen des langues régionales qui, vous l’avouerez, est tout de même plus urgent et plus grave que l’autre traité dont nous parlions.
Vous serez heureux d’apprendre que Hollande est pour, Joly à donf et Bayrou fana, alors que Sarkozy, Mélenchon et le Pen sont contre. Ce qui prouve qu’il y a, au moins, une faille dans l’enquête de l’Ifop dont nous parlions au début :  l’usage de la langue ne dépend pas seulement de l’orientation… politique.

samedi 31 mars 2012

LA GUERRE DES DEUX GAUCHES

J – 36
C’est le sujet même de notre blog. Depuis le 24 décembre 2010, à J – 500, nous justifions notre entreprise, ainsi qu’énoncé sur la colonne de gauche de la page d’accueil, par le risque mortel pesant sur la gauche française, jamais guérie de la maladie qui la frappe depuis 1920, cette incapacité à réconcilier sa droite socio-réformiste et sa gauche marxo-révolutionnaire. Gauche eau de rose contre gauche vodka. Loin de se réduire, cette dyslexie est aujourd’hui plus forte que jamais.
Le Nouvel Observateur titre «  Au secours, Sarkozy revient ». Quelle erreur d’analyse ! Le vrai titre aurait été « Au secours, la gauche éclate ».
Si Mélenchon monte dans les sondages ce n’est pas grâce à Sarkozy mais à cause de la mauvaise stratégie de Hollande qui a tout misé sur l’antisarkozysme. Du coup, il a contraint les français à la comparaison et elle n’apparaît pas totalement en sa faveur…
Maintenant il est coincé. Soit il brandit son poing gauche vers Mélenchon, soit il tend sa main droite à Bayrou. Dans les deux cas il risque d’y laisser un bras au second tour.
En vérité, c’est déjà ce qui est en train de se passer. Quoi qu’il fasse, il lui faudra compter avec Mélenchon et négocier avec lui avant le second tour. Pour chaque voix d’extrême gauche qui se reporte sur lui, il perd une voix centriste, tétanisée à l’idée de voir siéger autour de la même table du conseil des ministres Joly et Mélenchon !
Les socialistes n’aiment pas en parler mais l’opportunité historique qui leur était offerte de faire enfin « la » réforme  et de devenir un vrai parti social-démocrate de gouvernement, s’est évanouie, le 15 mai 2011, dans une suite du Sofitel à New York.
Désormais, quel que soit le résultat, cet objectif ne sera pas atteint. Ou bien il perd, et ce sera la fin du PS dans sa forme actuelle, ou bien il gagne, et les divisions entre sa droite et sa gauche seront ravivées et empoisonneront le quinquennat. Probable que, comme à chaque fois que les socialistes ont été au gouvernement, cela se terminerait sur un désastre électoral.
Le socialisme français « il a pas la chance », comme l’on dit en Afrique. Il n’a eu que deux hommes en son sein qui auraient pu le guérir de sa maladie. Le premier, Michel Rocard: il a tout fait pour l’éliminer. Le second, qui vous savez: il a fait semblant de ne pas voir qu’il était atteint d’un handicap le disqualifiant pour une telle mission.
On a longtemps pensé que Hollande allait être élu sur un rejet de Sarkozy. On découvre, aujourd’hui, que Sarkozy pourrait être élu sur un rejet de Hollande.

jeudi 29 mars 2012

VOUS ETES PRIES DE SURVEILLER VOTRE VOCABULAIRE


J - 38





Déclaration, mercredi matin, du médiateur de France Info : " La mention "Français d'origine algérienne" prête à caution. Si le meurtrier avait été finlandais, aurait-on jugé utile d’indiquer son origine ? Il était français tout simplement...Cette précision inutile et stigmatisante reprise par les médias est révélatrice de la difficulté française à appréhender cette question ".
Difficulté ? Le mot est bien faible, révélateur de notre mal être plutôt. Avant de nous demander pourquoi, un mot sur les faits. Indiquer "l’origine" du responsable des plus abominables tueries que la France ait connues serait donc une "précision inutile et stigmatisante", "Il était français tout simplement". D’accord, mais pour un journaliste, donner une information complète n’est-ce pas une obligation ? Etait-il vraiment inutile de savoir si ce "français tout simplement" avait la double nationalité, française et algérienne ? Probablement pas, encore que ce fut un sujet de débat pour décider s'il serait enterré en France ou en Algérie. Mais la vraie question est de savoir qui juge qu'une information est pertinente ou non, politiquement correcte ou non....
Restons-en là. Nous ne souhaitions plus participer à la polémique sur ce drame. Seuls ces commentaires nous ont incité à quelques réflexions d’ordre général.
Dans notre inconscient historique du siècle dernier ni la droite, ni la gauche ne peuvent se considérer comme irréprochables aux plans moral, humanitaire, de la démocratie et des droits de l’homme (collaboration, guerres coloniales, apologie du stalinisme ...). Alors il nous faut faire repentance.
Quel rapport avec le sujet de notre chronique ? Il réside dans ce mal-être dont nous parlions et qui explique que, dans le registre des bons sentiments, si le fléau de la balance penche aujourd’hui vers les interdits de langage, c’est parce qu'il est, pour les bien-pensants que nous sommes, le seul moyen de contourner le tribunal de l’histoire et de se libérer du poids du passé. C’est ce que Freud appelait le "refoulement", qu’il définissait comme un "phénomène lié à la culpabilité et constituant un mécanisme de défense ". Toute notre société est atteinte par cette pathologie.
Très intéressants à cet égard les quelques beaux lapsus intervenus cette semaine et qui ont suscité bien des réactions.
Le premier, on le doit au chef de l’Etat lui-même : " Je rappelle que ces deux soldats étaient -comment dire ?- musulmans, en tout cas d’apparence, puisque l’un était catholique. D’apparence… comme on dit : de la diversité visible ".
Le second, à Claude Guéant : "Je suis venu m’associer à la peine qu’éprouve toute la communauté israélienne " (oui, vous avez bien lu !) …
Le troisième, à Martine Aubry : " Il y a des femmes d’origine maghrébine, je ne sais pas pourquoi on dit musulmanes… Dans ce quartier, il y a des personnes d’origine maghrébine comme il y a des français ".
On pourrait sourire si ce n’était pas accablant. Revenons à Freud : " Un lapsus peut être occasionné en premier lieu par l’action d’une autre partie du discours que celle que l’on veut énoncer, et en deuxième lieu par un procédé analogue à celui de l’oubli. Cela veut dire qu’il sera consécutif à des influences extérieures au mot. Il sera donc provoqué par des éléments qu’on n’a nullement l’intention d’énoncer mais dont l’action se manifeste à la conscience par le trouble lui-même" ? Bien vu, non ?
Il parait que les français sont le peuple (en sommes-nous un ?), la nation (mauvaise connotation), la race (interdit), la civilisation (inaproprié), la communauté (exclu)… Faisons simple : il parait que la France est le pays le plus dépressif d’Europe, celui qui consomme le plus de tranquillisants.
Personne ne s’est jamais demandé si la raison ne serait pas due au fait que l’on ne peut plus parler sans avoir tourné cent fois sa langue dans sa bouche, consulté son avocat et subi avec succès les tests de lavage de cerveau.
Petit retour en arrière. Qui a gagné la coupe du monde de football en 1998 ? Bravo! La France, avec sa légendaire équipe Blacks-Blancs-Beurs. Mais aujourd’hui qui aurait l’idée de se proclamer blanc, qui dirait de quelqu’un que c’est un black ou un beur ?
D’accord, il n’y a plus de race, il y a des origines, mais il ne faut plus les qualifier. Dire : arabe et maghrébin c’est stigmatisant, noir c’est incorrect, juif personne n’ose et israélite, on confond avec israélien…Mais, bien entendu, ces mots sont d’usage courant par ceux-là même à qui il est interdit de les attribuer !
Voilà pourquoi, quand on ne sait plus quel vocabulaire on peut utiliser, on dit forcément des conneries. Ou on les pense, ce qui est sans doute plus grave...
Allez, pour la route, une dernière citation de Freud : "Le premier être humain à jeter une insulte plutôt qu’une pierre est le fondateur de la civilisation".
Une toute, toute, dernière ? " Si vous avez compris, vous avez sûrement tort" disait Lacan. Donc, que Jérôme Bouvier, le médiateur de France Info, nous pardonne. Le sujet, il est vrai, est délicat et nous l’avons sûrement mal compris…Loin de nous l’idée de stigmatiser les journalistes !

mardi 27 mars 2012

QUE LA CAMPAGNE EST BELLE

J - 40
Les polémiques sur le drame, ça suffit ! Les injures entre candidats, cela commence à bien faire !
Le premier tour de l’élection qui doit décider du choix du prochain président de la République est dans 26 jours. N’est-il pas temps de revenir à la campagne et de parler aux français de leur avenir ?
Depuis des semaines nous n’avons eu droit qu’à quelques annonces surprises, telles que la tranche d’imposition à 75 % ou la suspension des accords de Schengen. Cela a occupé les médias mais ce n’est pas ainsi que l’on va mobiliser les français et, pour l’instant, les sondages laissent prévoir un taux élevé d’abstention, ce qui serait le pire des résultats.
Hollande nous a, certes présenté un programme, 60 propositions, mais sincèrement, s’en souvient-on vraiment, à part quelques mesures phares comme le recrutement de 60.000 fonctionnaires, le contrat de génération et les emplois jeunes ? Pour le reste, c’est soit le flou, soit l’oubli. Quant à Sarkozy, s’il est le plus clair sur l’objectif de réduction des déficits et les moyens d’y parvenir, on attend encore un véritable programme et, parait-il, un livre…
Nous allons donc leur soumettre, pour relancer la campagne, quelques questions sur lesquelles nous aimerions bien avoir des réponses claires.

1/Sur les finances publiques, pour commencer : nous avons bien entendu l’engagement d’un retour à l’équilibre budgétaire, en 2016 pour Sarkozy, et en 2017 pour Hollande. C’est moins net sur les moyens d’y parvenir. Avant les détails et précisions qui ne manqueront pas de nous être donnés, nous aimerions d’abord connaître la position des candidats sur quelques grandes orientations politiques.
Que se passera-t-il si les prévisions de croissance retenues par les candidats ne se réalisent pas ? Que le taux de croissance soit de 2 %, 1%, 0 %  change absolument tout, et nous avons payé pour ne plus croire à la magie du volontarisme…On oublie les engagements de retour à l’équilibre ? On fait plus d’économies sur les dépenses ? On lève plus d’impôts ?
A combien s’élèvera, en 2017, le pourcentage des dépenses publiques rapporté au PIB ? Allons-nous continuer à améliorer notre record d’Europe (56 %) ?
A combien passera le taux de prélèvements obligatoires (actuellement à 45 % du PIB, autre record) ?  Stabilité, hausse d’un point, deux, trois … ? Y a-t-il une limite ?
Quel sera, en 2017,  le niveau d’endettement de la France (il est, actuellement de 85 %) ?  Stabilité ? Régression ? Quel plafond retrouver ?
Tout le monde l’aura compris, ces sujets sont étroitement imbriqués. Il s’agit  de choix politiques fondamentaux. Plus de bla-bla, ni de promesses, mais simplement des  objectifs réalistes. Les candidats vous diront qu’ils ont été clairs sur ces différents points. Alors, faites un test : essayez de citer leurs réponses…
Ce n’est qu’ensuite que l’on pourra entrer dans les détails et voir qui va payer et quelles seront les conséquences sur le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises.

2/Sur le nucléaire, on connait la position de Sarkozy : on développe les énergies durables de substitution mais pas, à court ni moyen terme, de recul du nucléaire. Seules seront fermées les centrales qui arriveront en bout de course mais on poursuit l’EPR. Avec Hollande, on a compris qu’il fermera Fessenheim d’ici à 2017 et aucune autre centrale. Mais comment ramènera-t-on à 50 %, en 2025, la part du nucléaire ? Et quel accord passera-t-il entre les deux tours avec Mélenchon ? Est-il prêt à consulter les français par référendum ?

3/Sur les retraites, il faudrait que Hollande nous confirme une fois pour toute que chaque personne ayant atteint 60 ans pourra percevoir sa retraite à taux plein dès lors qu’elle possèdera les annuités nécessaires. Et que le coût de ce retour à 60 ans sera financé par une hausse des cotisations. Sur la deuxième étape de la réforme qu’il faudra franchir en 2017, quelles lignes directrices, quel principes de base ? Les candidats ne peuvent se contenter de l’annonce d’un grand débat national.
4/Sur les questions de société : droit de vote des étrangers, niveau et modalités de d’introduction de la proportionnelle aux législatives, mariage et adoption par les couples homosexuels, suppression de la loi Hadopi (fera-t-on supporter aux fournisseurs d’accès et autres intervenants du net l’indemnisation des auteurs, sans faire payer les « téléchargeurs » ?). Il ne devrait pas être difficile de donner des réponses précises ni d’indiquer si, sur les sujets touchant aux pouvoirs publics et/ou à la constitution, on consultera, ou non, le peuple par référendum.
5/Il y a bien d’autres sujets pour lesquels le moment de la clarté et du débat est venu, mais nous devons, aujourd’hui, en citer encore un, l’Europe.
Quelles délégations de souveraineté sommes-nous prêts à consentir et au profit de qui ? A une instance intergouvernementale ou à des institutions communautaires aux pouvoirs renforcés ? Quant aux traités qui devront être ratifiés sur les règles de discipline budgétaire et sur les mécanismes de stabilité financière, que fera Hollande s’il n’obtient pas l’accord des signataires sur une renégociation. Il bloquera tout ? La France se tiendra à l’écart ? Ce sujet est gravissime et l’on on ne peut considérer comme acquis que cela n’arrivera pas, simplement parce que le vote des électeurs français s’imposerait à toute l’Europe.
Il y aura bien d’autres thèmes importants, comme celui de la compétitivité de notre économie, mais le message est : parlez-nous maintenant de ce qui nous intéresse, sinon il ne faudra pas vous plaindre du désintérêt des français.

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 Une vérification sur internet nous a permis de constater que le titre que nous avons choisi, parodie de la chanson de Jean Ferrat « Que la montagne est belle », a déjà été utilisé par un groupe, « les bobos des urnes », qui fait un tabac sur You tube avec déjà plus de 400.000 vues. Il nous faut donc rendre à César ce qui est à César.
Nous avons malgré tout conservé le titre, d’abord parce qu’il nous nous plait, ensuite pour vous inciter à consulter cette vidéo en cliquant sur le lien ci-dessous. C’est  vraiment désopilant…

dimanche 25 mars 2012

L'ENQUETE CORSE DE HOLLANDE


J – 42
L’enquêteur Hollande s’est rendu en Corse avec pour mission de ramener des voix.
Il a cru habile de se référer au nombre élevé d’homicides en Corse, comme élément de preuve de l’échec de la politique sécuritaire de Sarkozy.
« Comment  puis-je admettre ici même, qu’il y ait eu depuis cinq ans, 20 homicides par an, 100 depuis le depuis le début du quinquennat ? Pour la seule année 2011, 22 homicides et 16 tentatives, un record en France et si je regarde au-delà de la France, hélas record européen !  Et il viendrait nous faire des leçons sur la question de la sécurité, sur la question des luttes contre les violences, sur la question des lois républicaines ? ».
Peut-on l’imaginer se rendant dans le « 93 » et déclarant que  la ville de Saint-Denis détient le plus haut taux de violence en France et en Europe ? Stigmatisation…
Mais Hollande est en campagne et il lui faut contrer son rival sur le terrain de la sécurité après les terribles événements que nous venons de vivre.
Soit. Mais pourquoi avoir choisi la Corse ? Parce que, franchement, en matière de sécurité, de lutte contre les violences et d’application des lois républicaines, s’il y a un endroit où les socialistes auraient intérêt à se faire oublier, c’est bien la Corse…
Qui ne se souvient que c’est sous le quinquennat de Jospin que l’on a, pour la première fois dans l’histoire de la République, assassiné un préfet ? C’était le 6 février 1998. Que l'enquête a mis 15 mois pour aboutir, après s’être fourvoyée pendant plus d’un an sur une fausse piste, et que le principal suspect n’a été arrêté qu’en 2003, par un nouveau ministre de l’intérieur qui s’appelait… Nicolas Sarkozy ?
Il est vrai que pour remplacer Claude Erignac, grand préfet, grand serviteur de l’Etat, Chevènement, le ministre de l’intérieur de Jospin, avait choisi un tout autre profil : Bernard Bonnet,  le préfet qui a ordonné de mettre le feu à des paillotes, ce qui lui a valu une condamnation à 3 ans de prison.
Donc, sur la Corse, les socialistes n'ont pas de leçons à recevoir et si Hollande n’a personnellement exercé aucune responsabilité durant cette période, pas plus qu’avant ni après d’ailleurs, il était, comme se plait à le rappeler, « associé à tout ».
Reste que les corses ne conservent pas un très bon souvenir du dernier gouvernement socialiste. Mais, comme ils sont hospitaliers, sans doute lui auront-ils fait un cadeau avant son départ : un proverbe corse.
 « A ghjastema volta e ghjira Volta in capu à chi la tira » : L'imprécation tourne et vire, et revient à la figure de celui qui la profère.

vendredi 23 mars 2012

UNE CAMPAGNE QUI TOMBE BIEN BAS

J -44

« C'est un jeune homme qui a tiré sur un militaire en disant : « Tu tues mes frères, je te tue. » C'est un jeune homme qui quitte son deuxième crime sur son scooter au cri de «Allah Akbar ». C'est un jeune homme qui voulait mourir une arme à la main pour entrer au paradis. Les questions posées par les actes fous, monstrueux, stupéfiants de Mohamed Merah ainsi que par sa mort spectaculaire sont gigantesques et très complexes.
Elles concernent son parcours, son endoctrinement, ses éventuelles filiations, la manière dont il a été surveillé et dont il n'a pas été arrêté. Elles touchent au vivre ensemble, à la désespérance des jeunes immigrés, à la détection des terroristes et au contrôle des suspects, à la présence du djihadisme et d'Al-Qaïda sur notre continent.
Comment éviter cela ? C'est en fait l'unique interrogation, le seul impératif. Personne n'est capable d'y apporter une réponse évidente et rapide, sans amalgame ni accusation hâtive. Et pourtant, après seulement quelques instants de pause, les candidats à la campagne présidentielle y vont à la hussarde, se montrant dans leurs invectives publiques bien peu à la hauteur des enjeux qui leur sont posés.
Avant ces terribles événements, la campagne avait déjà fait preuve d'une grande violence verbale. On y avait peu discuté du fond des dossiers mais on s'était attaché à salir l'autre et à le déconsidérer. Mais ce qui apparaissait alors de bien piètre tenue, devient aujourd'hui carrément indécent. Ce jeudi, ce fut un festival entre les lieutenants des candidats s'accusant des pires bassesses. Marine Le Pen faisait elle tout l'étalage de son grand écart idéologique, muette quand on croit qu'il s'agit d'un nazillon, prolixe quand on découvre que c'est un islamiste.
Nicolas Sarkozy reste drapé dans son costume présidentiel, solennel. Il a bien intérêt à ne plus le quitter. Difficile en effet pour ses rivaux dans un tel contexte de rivaliser dans le même registre : l'habit en l'occurrence fait le moine. C'est Sarko-président qui annonce de nouvelles mesures contre le terrorisme, mettant les socialistes au pied du mur. Très bien joué tactiquement et très subtilement pour le candidat Sarko qui pourrait bénéficier de sa « représidentialisation ».

Le hasard d’un voyage en Belgique nous a permis de prendre connaissance de l’édito du journal "Le Soir" du 23 mars 2012. Il est toujours intéressant d’écouter ce que pensent de nous nos amis et voisins. Nous nous sommes donc permis de reprendre « in extenso », sans en changer ni  en ôter une ligne, ce qu’écrit l’éditorialiste en chef, Béatrice Delvaux. Nous en avons également repris le titre.

mercredi 21 mars 2012

SANS TITRE

J - 46 
Aucun titre ne permet d'évoquer la drame que nous venons de vivre. 
Nous avons gardé le silence depuis, et sur, l'horreur de Montauban et de Toulouse. Respect des victimes et des familles, confiance dans l'action des pouvoirs publics. Globalement, la classe politique française à été à la hauteur, un Président à la manœuvre dans la dignité et l'efficacité et des leaders politiques respectant une sorte de trêve, en signe de respect et de compassion. 
Enfin, presque. Dommage qu'il y ait eu certains dérapages... Non seulement une partie des candidats, en fait les "petits", ceux qui ne sont pas dans le quatuor de tête, refusant la trêve, a continué à faire campagne. Mais surtout, certains et non des moindres, n'ont pas pu s'empêcher, par de lourds sous entendus, de mettre en cause la responsabilité, de manière indirecte, parfois même subliminale, mais sans aucune ambiguïté, du chef de l'Etat. 
Le premier prix revient à Bayrou qui voit à l'origine de ces drames "un climat d'intolérance croissant" qui trouve ses racines "dans l'état de la société en proie à "la violence" et à la "stigmatisation" attisée par certains responsables politiques qui "montrent du doigt en fonction des origines". Pour être sûr d'avoir été bien compris, il précisera qu'il pensait au discours de Grenoble et au lien entre immigration et la délinquance...Juppé lui a répondu : "n'ajoutons pas l'ignoble à l'horrible". Personne n'a pris sa défense et il doit aujourd'hui regretter ses propos. 
Quant à Hollande, il a eu le comportement qui convenait mais il n'a pas pu s'empêcher quelques attaques contre son adversaire : "Il y a des mots qui influencent, qui pénètrent, qui libèrent.Ceux qui ont des responsabilités doivent maîtriser leur vocabulaire, ... Au sommet de l'Etat rien ne peut être toléré, rien", et pour être parfaitement clair, il revient sur la police de proximité de Jospin " inutilement moquée et raillée et sur la baisse du nombre des fonctionnaires... "ce qui compte, c'est d'avoir des effectifs. Or, depuis plusieurs années, dans ce département, il y eu réduction des effectifs policiers". Ce drame est la conséquence des "propos stigmatisants" et de "certaines prises de position". 
Donc tous ces morts parce que l'on parle d'immigration, de viande Halal, de piscines et que l'on fait des économies bugetaires ... 
Mais c'est faux! Ce ne sont pas les mots qui tuent, ce sont les assassins, les fanatiques! Ce n'est pas un hasard si trois des victimes étaient des militaires, pour punir l'armée française de son engagement en Afghanistan, et trois enfants juifs plus un adulte, pour venger les enfants de Gaza. Désolé, mais le coupable n'est pas a rechercher à l'Elysée, ni Place Beauveau.  On le connait : son nom est Al-Qaida et son prénom Djihad. 
Quant à la France, elle reçoit l'hommage du monde entier sur l'efficacité de ses forces de sécurité (comme quoi ce n'était pas un problème d'effectifs ; quant à la police de proximité on ne voit pas ce qu'elle  vient faire là-dedans) et pour ses résultats dans la lutte contre le terrorisme international. 
Émouvant, est le cri de colère poussé par le President du Crif, Richard Prasquier : "L'homme qui a tiré une gosse par les cheveux pour lui loger une balle dans la tête ne l'a pas fait parce qu'il a entendu telle ou telle remarque au sujet de l'abattage rituel". 
Réconfortante, est l'image des plus hauts représentants des confessions juive et musulmane sur le perron de l'Elysée, à la sortie de leur entretien avec le Président de la République, se soutenant mutuellement, au propre comme au figuré, condamnant l'extrémisme religieux de tous bords et rendant hommage à la France.
Allons, quand la situation est grave, la France n'est ni abaissée, ni abîmée, ni dégradée. Elle est respectée... 

lundi 19 mars 2012

MELENSPIERRE

J - 48
Il est donc le fils naturel de Robespierre et de Louise Michel. Ce n’est pas le résultat d’une manipulation génétique, mais un de ces miracles que l’histoire de France nous réserve. Il aurait tout aussi bien s’appeler Gavroche que Jean-Luc.
En tout cas il a bien réussi son coup en envahissant la Place de la Bastille,  dimanche à la tête de dizaines de milliers de révolutionnaires.
Grand discours, moment d’émotion nostalgique. Les cours sur les bancs de l’école républicaine de notre enfance : la Révolution de 1789, la constitution de l’an I, la patrie en danger, la terreur, les tribunaux révolutionnaires, les sans-culottes, puis les trois glorieuses, la Commune de Paris, enfin les congés payés de 1936 et le Panthéon en 1981… tout y était et nous avons dans nos têtes les images de nos livres d’histoires, les photos de 1936, les films du quartier latin en mai 68, dans notre propre mémoire enfin, Mitterrand remontant la rue Soufflot vers le Panthéon.
Impressionnant spectacle que toute cette foule agitant des drapeaux rouges au son de l’internationale. Décidemment la gauche n’est elle-même que lorsqu’elle regarde l’avenir dans son rétroviseur.
Que promet Mélenchon à ses partisans ?
En vrac : « Nous allons faire de cette élection une insurrection… tourner la page de l’ancien régime, refonder la République pour nous refonder nous-mêmes, réunir une constituante pour instaurer la VIème République…proclamer la fin des privilèges du capital… donner aux ouvriers le droit de préemption sur la propriété du capital… appliquer le droit de réquisition sur les biens communs, établir le droit à l’avortement, étendre à tous les couples les droits des couples hétérosexuels, celui de décider de sa propre fin et d’être assisté lorsqu’on le demande… la laïcité étendue sans exception à tous les territoires, le concordat abrogé… la liberté inconditionnelle sur la toile, plus jamais d’Hadopi… ».
Concentrons-nous sur quatre points.
1/ Il ne pratique pas l’antisarkozysme, c’est le sujet de Hollande. Du temps perdu. Il sera toujours temps, après la victoire, de le lapider, au lance-pierre, sous le mur des fédérés au Père-Lachaise…
2/ cela a pu passer inaperçu, mais lorsqu’il a parlé de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, ce n’était de celle, petite bourgeoise, de 1789, mais de celle de 1793, qui prône, comme il y a incité lui-même, le droit, le devoir à l’insurrection populaire, celle qui instaure la République de l’an 1 et qui annonce la Terreur, le Comité de salut public, les Tribunaux révolutionnaires… Peut-être aurez-vous noté également qu’il a proposé, dans sa future constitution, de garantir la « justice indépendante par le parlement lui-même », par la majorité politique donc.
3/ Il a bien intégré la maxime de tout bon révolutionnaire, « la fin justifie les moyens ». Sur BFMTV, peu après la Bastille, on lui demande s’il ne craint pas que ses propositions d’augmenter le smic de 21 % et de refuser toute économie budgétaire ne produisent les mêmes effets qu’en 81/83, déficits, inflation et pour finir, dévaluation. Il répond avec un aplomb déroutant : « ce n’est pas possible grâce à l’euro qui protège notre monnaie » ! Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire, sorti du ruisseau grâce à l’euro…
4/ Et maintenant on va où ? S’il y a un point sur lequel tous les instituts sont d’accord c’est que, pour être élu, Hollande devra bénéficier du report de la totalité des voix de Mélenchon et qu’il va les payer cher si l’on compare au coût de l’accord avec les verts (trois ministres et 15 députés pour 2 % des voix). Combien alors au Front de gauche avec 10, 12, 15 % des voix ? Inutile de faire la règle de trois, le PS n’aura pas à lui tout seul la majorité au parlement. Il parait qu'il n'y aura pas d'accord. Mon oeil ! On imagine déjà Hollande, Fabius à sa droite, en face de lui, Aubry entourée de Mélenchon et de Joly. Sans parler de Duflot, de Robert Hue, de Vincent Placé… Ce ne sera pas la VIème République mais le retour à la IVème.
Au moins, une chose est claire, Hollande pourra s’épargner une renégociation du traité européen de stabilité budgétaire et du Mécanisme Européen de Stabilité. Non seulement il n’aura pas les 3/5èmes des voix au congrès pour ratifier le Traité mais, de toute façon, Mélenchon a déjà prévenu qu’il imposerait un référendum populaire. Et au PS, le référendum sur l’Europe, on connait….
Mais ne nous laissons pas gâcher la douce nostalgie des flonflons révolutionnaires. Nous sommes au temps des cerises, des guinguettes au bord de la Marne et de la valse musette, c’est tout de même plus entrainant que la valse hollandaise, non ?
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