jeudi 29 mars 2012

VOUS ETES PRIES DE SURVEILLER VOTRE VOCABULAIRE


J - 38





Déclaration, mercredi matin, du médiateur de France Info : " La mention "Français d'origine algérienne" prête à caution. Si le meurtrier avait été finlandais, aurait-on jugé utile d’indiquer son origine ? Il était français tout simplement...Cette précision inutile et stigmatisante reprise par les médias est révélatrice de la difficulté française à appréhender cette question ".
Difficulté ? Le mot est bien faible, révélateur de notre mal être plutôt. Avant de nous demander pourquoi, un mot sur les faits. Indiquer "l’origine" du responsable des plus abominables tueries que la France ait connues serait donc une "précision inutile et stigmatisante", "Il était français tout simplement". D’accord, mais pour un journaliste, donner une information complète n’est-ce pas une obligation ? Etait-il vraiment inutile de savoir si ce "français tout simplement" avait la double nationalité, française et algérienne ? Probablement pas, encore que ce fut un sujet de débat pour décider s'il serait enterré en France ou en Algérie. Mais la vraie question est de savoir qui juge qu'une information est pertinente ou non, politiquement correcte ou non....
Restons-en là. Nous ne souhaitions plus participer à la polémique sur ce drame. Seuls ces commentaires nous ont incité à quelques réflexions d’ordre général.
Dans notre inconscient historique du siècle dernier ni la droite, ni la gauche ne peuvent se considérer comme irréprochables aux plans moral, humanitaire, de la démocratie et des droits de l’homme (collaboration, guerres coloniales, apologie du stalinisme ...). Alors il nous faut faire repentance.
Quel rapport avec le sujet de notre chronique ? Il réside dans ce mal-être dont nous parlions et qui explique que, dans le registre des bons sentiments, si le fléau de la balance penche aujourd’hui vers les interdits de langage, c’est parce qu'il est, pour les bien-pensants que nous sommes, le seul moyen de contourner le tribunal de l’histoire et de se libérer du poids du passé. C’est ce que Freud appelait le "refoulement", qu’il définissait comme un "phénomène lié à la culpabilité et constituant un mécanisme de défense ". Toute notre société est atteinte par cette pathologie.
Très intéressants à cet égard les quelques beaux lapsus intervenus cette semaine et qui ont suscité bien des réactions.
Le premier, on le doit au chef de l’Etat lui-même : " Je rappelle que ces deux soldats étaient -comment dire ?- musulmans, en tout cas d’apparence, puisque l’un était catholique. D’apparence… comme on dit : de la diversité visible ".
Le second, à Claude Guéant : "Je suis venu m’associer à la peine qu’éprouve toute la communauté israélienne " (oui, vous avez bien lu !) …
Le troisième, à Martine Aubry : " Il y a des femmes d’origine maghrébine, je ne sais pas pourquoi on dit musulmanes… Dans ce quartier, il y a des personnes d’origine maghrébine comme il y a des français ".
On pourrait sourire si ce n’était pas accablant. Revenons à Freud : " Un lapsus peut être occasionné en premier lieu par l’action d’une autre partie du discours que celle que l’on veut énoncer, et en deuxième lieu par un procédé analogue à celui de l’oubli. Cela veut dire qu’il sera consécutif à des influences extérieures au mot. Il sera donc provoqué par des éléments qu’on n’a nullement l’intention d’énoncer mais dont l’action se manifeste à la conscience par le trouble lui-même" ? Bien vu, non ?
Il parait que les français sont le peuple (en sommes-nous un ?), la nation (mauvaise connotation), la race (interdit), la civilisation (inaproprié), la communauté (exclu)… Faisons simple : il parait que la France est le pays le plus dépressif d’Europe, celui qui consomme le plus de tranquillisants.
Personne ne s’est jamais demandé si la raison ne serait pas due au fait que l’on ne peut plus parler sans avoir tourné cent fois sa langue dans sa bouche, consulté son avocat et subi avec succès les tests de lavage de cerveau.
Petit retour en arrière. Qui a gagné la coupe du monde de football en 1998 ? Bravo! La France, avec sa légendaire équipe Blacks-Blancs-Beurs. Mais aujourd’hui qui aurait l’idée de se proclamer blanc, qui dirait de quelqu’un que c’est un black ou un beur ?
D’accord, il n’y a plus de race, il y a des origines, mais il ne faut plus les qualifier. Dire : arabe et maghrébin c’est stigmatisant, noir c’est incorrect, juif personne n’ose et israélite, on confond avec israélien…Mais, bien entendu, ces mots sont d’usage courant par ceux-là même à qui il est interdit de les attribuer !
Voilà pourquoi, quand on ne sait plus quel vocabulaire on peut utiliser, on dit forcément des conneries. Ou on les pense, ce qui est sans doute plus grave...
Allez, pour la route, une dernière citation de Freud : "Le premier être humain à jeter une insulte plutôt qu’une pierre est le fondateur de la civilisation".
Une toute, toute, dernière ? " Si vous avez compris, vous avez sûrement tort" disait Lacan. Donc, que Jérôme Bouvier, le médiateur de France Info, nous pardonne. Le sujet, il est vrai, est délicat et nous l’avons sûrement mal compris…Loin de nous l’idée de stigmatiser les journalistes !

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