Affichage des articles dont le libellé est pas de chocolat. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est pas de chocolat. Afficher tous les articles

mardi 31 janvier 2012

PAS DE BRAS, PAS DE CHOCOLAT

J – 95
Vous aurez sûrement remarqué que nous donnons ici le rôle principal au PS et à son candidat, plutôt qu’au Président et au parti qui le soutient. Pour deux raisons :
La première est que notre Blog porte sur les 500 derniers jours du PS avant la présidentielle de 2012. La seconde est que nous avions compris que Hollande avait interdit de citer le nom de son adversaire, comme jadis dans les écoles de la République, il n’était pas autorisé de parler le patois. Mais depuis que Juppé l’a débridé et qu’il propose, dans ses "60 engagements", de favoriser l’enseignement des langues régionales, il nous semble que nous sommes désormais autorisés à le faire.
Donc, nous avons regardé, hier soir à la télé, le Président de la République, candidat putatif. La première réaction est que nous sommes un bien curieux pays, où l’on doit attendre plusieurs mois avant que le candidat favori des sondages veuille bien faire connaître son programme alors que le président sortant, qui ne s'est pas encore déclaré candidat, nous présente le sien.
Façon de démontrer que l’un agit, tandis que l’autre promet, que l’un travaille tandis que l’autre fait campagne et surtout de fixer l’attention sur les sujets qu’il a choisis ? Il faut croire que cela marche puisque, depuis cette émission, les médias et les politiques se focalisent sur les propositions de Sarkozy. Quelles sont les mesures proposées ? Nous en avons retenu cinq.
La première, sera l’augmentation de la TVA dont le taux normal passera de 19,6 % à 21,2 % (soit + 1,6 points pour un gain de 11 milliards), et de la CSG sur les revenus du capital (de 8,2 % à 10,2%, soit un gain de 2 milliards) ce qui permettra de supprimer, pour les salaires inférieurs à 2,4 fois le smic, une grande partie des cotisations patronales affectées à la branche "famille" de la Sécu. Les charges sociales payées par les entreprises seront ainsi allégées de 13 milliards. La loi sera votée rapidement pour une application au 1er octobre. Nous ne reviendrons pas sur le sujet lui-même que nous avons longuement traité dans notre rubrique « La TVA politique » du 21 janvier dernier. Elle reste d'actualité. Sans surprise, à droite on développe les arguments "pour" et les socialistes se déchaînent avec les arguments "contre ".
Hollande n’a pas tardé à répliquer, jugeant cette hausse de TVA " inopportune, injuste, infondée et improvisée " et précisant que, s’il était élu, il " demanderait au parlement de l’annuler " .
La seconde mesure est le « Contrat compétitivité-emploi ». Il s’agit d’autoriser un accord entre l’entreprise et ses syndicats, portant notamment sur les salaires et le temps de travail, lorsque des difficultés surgissent et afin de préserver l’emploi. La loi autoriserait la mise en œuvre de ces accords sans passer par la modification du contrat de travail, c’est-à-dire sans avoir à recueillir l’accord individuel de chaque salarié. Révolution !
François Fillon a déjà écrit aux syndicats et patronat pour aboutir à un accord "d'ici deux mois", sur une nouvelle organisation du travail. Si les partenaires sociaux n’y parviennent pas "nous prendrons nos responsabilités en déposant un projet de loi", a-t-il prévenu, précisant que ces nouvelles dispositions entreraient en vigueur après l'élection présidentielle.
La troisième mesure est en faveur de la construction de logements. Elle consiste à augmenter de 30 % les droits à construire sur les terrains et bâtiments existants. C’est une réponse à la proposition de Hollande de blocage des loyers et de cession gratuite de terrains appartement à l’Etat aux collectivités locales (« c’est une drôle d’idée qui consiste à ruiner l’Etat pour donner des terrains à un promoteur » a dit Sarkozy).
La quatrième mesure porte sur l’instauration d’une taxe sur les transactions financières de 0,1 % sur les actions mais aussi sur les produits dérivés, comme les CDS et le "trading à haute fréquence", opérations considérées comme hautement spéculatives. Le rendement de cette taxe, qui entrerait en vigueur le 1er octobre, est évalué à 1 milliard par an.
La cinquième mesure enfin, c’est la création, dès février, d’une Banque de l’Industrie, filiale d’OSEO, pour les entreprises de taille moyenne, qui sera dotée d’un milliard de capital provenant du grand emprunt. Contrairement à ce que Fabius fait mine de croire, ce n’est pas le montant maximum de son potentiel d’engagements ; il sait qu’avec un milliard de fonds propres on peut accorder au moins 12 milliards de prêts. Ce n’est pas bien de mentir...
Politiquement, la grande interrogation est pourquoi maintenant ? Si la question est pourquoi pas plus tôt dans son mandat, Sarkozy a sa réponse, c’est qu’il a fait beaucoup : le service minimum, la réforme des régimes spéciaux, les cartes judiciaires et militaires, la maîtrise des effectifs dans la fonction publique, l’autonomie des universités, la réforme de retraites, sans compter la gestion des crises mondiales...trop, n’a-t-on cessé de lui reprocher. Et surtout, qu’après la crise financière et la crise de la dette, une troisième crise arrive, la grande crise économique et que, pour y faire face, il faut agir, en urgence, sur la compétitivité.
Maintenant, si la question est pourquoi si près de l’élection, la réponse, on peut aisément l’imaginer. Il lui faut reprendre la main et ramener le débat sur les sujets qu’il a choisis. Et par la même occasion, gêner son concurrent.
Si l’on examine les thèmes abordés, ils ont comme caractéristique commune de ne rien coûter, voire de rapporter. A lui, personne ne va demander « combien ça coûte ? ». Un pas vers un projet à zéro euro ?
A l’exception de la TVA sociale, qui fait courir un grand risque politique à Sarkozy, mais qui va contraindre Hollande à le suivre sur le terrain de la compétitivité, ils ont une autre caractéristique commune, celle de préempter une partie du discours de Hollande. Deux points de CSG sur les revenus du capital, c’est rapprocher la fiscalité du travail et du capital. Le Contrat compétitivité-emploi, c'est une solution pour préserver l’emploi dans les entreprises en difficulté. Les mesures sur la construction, c'est une réponse à l’insuffisance de logements, qui n’est pas un problème de crédits mais de terrains. La banque pour les PME, faisons-la tout de suite, il suffit de créer une filiale dédiée d’OSEO, cela ne prendra que quelques semaines. Quant à la taxation des transactions financières, elle est, sans doute, insuffisante, mais elle restera comme la première marche.
Que cela fasse remonter Sarkozy dans les sondages, ce n'est pas gagné. Que cela gêne Hollande, qui n’échappera pas au débat sur la compétitivité et sur la flexibilité, c’est assez probable. Que Fabius, juge que tout cela est « petit bras », c'est la preuve qu'il est le seul français à ne pas connaître l'unique slogan qui passera l'année : « pas de bras, pas de chocolat ».
http://agv-solferino2012.blogspot.fr/