J –
35
La citation est de
Jacques Prévert, dans " La crosse en l’air " : « hélas hélas, la
pipe au papa du Pape Pie pue ». Quel rapport avec l’élection
présidentielle ? Nous y reviendrons plus tard...
Constatons d’abord
que nous avons été écoutés et que la campagne a gagné en vigueur, grâce à un
événement qui a redressé le débat. Il s’agit d’une enquête sur le sexe et la
politique que l’on doit à l’Ifop pour le célèbre et respecté magazine, dit de
charme, "Hot Vidéo". Cette "étude" teste le lien entre
le degré de satisfaction sexuelle et les positions( !) politiques, ainsi
qu’entre les pratiques sexuelles en liaison ( !) avec la proximité
politique.
Inutile de hausser
les sourcils et de faire l’innocent(e). Comme tout le monde vous avez été
abreuvés de commentaires dans les médias et vous avez sûrement attendu quelques
instants avant de changer d’émission… pour retomber sur le même sujet. C’est
pas vrai ?
Pour notre part,
non seulement nous avons tout écouté mais nous avons lu les 27 pages du rapport
détaillé sur le site de l’Ifop. Désolé, nous ne donnerons aucun détail (et
pourtant, il y en a !) mais avouerons tout de même que, depuis, nous sommes plongés dans la perplexité la
plus profonde sur notre orientation et nos pratiques … politiques.
Tout de même, si
l’on ne peut nier le grand intérêt scientifique d’un tel "exercice", surtout à un tel moment (le CSA va-t-il l’intégrer dans
le partage des temps alloué aux candidats ?), ne trouvez-vous pas que,
comme la pipe au papa du Pape Pie,… ça pue ?
Il y a peu nous
écrivions " vous êtes priés de surveiller votre vocabulaire " et
listions quelques uns des mots interdits car susceptibles d’avoir une
connotation raciste. Rassurez-vous, si toutes les statistiques sur nos origines
sont interdites, sur le sexe vous pouvez tout savoir, fréquence, comment, avec
qui, à combien et même des choses que maman nous avait cachées ! Freud en
tomberait sur … les fesses.
Sinon, toujours
rien d’intéressant chez nos candidats. Pourtant, il y a eu deux nouvelles de
très grande importance, ces derniers jours. Certes, le sujet est moins sérieux
que l’enquête susvisée, il ne s’agit que de l’évolution de la crise et des
mesures prises par l’Europe pour sauver les pays menacés de faillite.
Sur la crise, nous
avons appris que le déficit public de 2011 serait inférieur aux prévisions, 5,2
% contre 5, 7 %, meilleur donc que nos engagements européens. Que disent nos
candidats ? Sarkozy se félicite de constater que la rigueur budgétaire
paye, bonne nouvelle. Hollande rétorque que le seul chiffre important est celui
de la dette qui augmente, passant de 82,3 % du PIB à 85,8 %, mauvaise nouvelle.
On continue donc à nous prendre pour des billes.
Une baisse du
déficit budgétaire de 0,50 % c’est 9/10 milliards ! On reste, certes, loin
du compte, il en manque encore une centaine pour arriver à zéro déficit en 2016
ou 2017. Mais c’est toujours ça de moins qu’il faudra trouver et surtout cela
montre que la politique menée est efficace.
La dette
augmente ? Comment pourrait-il en être autrement ? On sait bien que
pour réduire vraiment la dette il faut revenir à l’équilibre budgétaire et
enregistrer de la croissance. En réalité, c’est un petit peu plus
compliqué mais moins que ce que dit François Hollande : « Dès que
nous aurons une progression de 1 % en volume des dépenses publiques, si la
croissance elle-même est supérieure à 1 %, la part des dépenses publiques dans
la richesse nationale diminuera ». C’est pas clair ? Pourtant il y a
un énorme aveu. Primo, les dépenses publiques continueront à croître de 1 % par
an en plus de l’Inflation. Secundo, avec lui, la croissance de la dette en % du
PIB (on ne parle pas de désendettement) ne cessera que si la croissance est
supérieure à 1 %. Si ce n’est pas le cas tant pis. Les engagements de réduction
du déficit ne seront pas tenus et la dette recommencera d’augmenter. 0 % de
déficit en 2017, c’est donc du ... pipeau. L’alternative, c’est, demi-tour
droite, comme en 1983, avec une baisse
drastique des dépenses publiques, ou la Grèce ! Mais personne ne semble
bouleversé par cette évidence.
Autre nouvelle qui
semble laisser de marbre nos candidats : un accord a été trouvé entre les
17 pays de la zone euro pour relever de 500 à 800 milliards les mécanismes
financiers destinés à lutter contre la crise de la dette souveraine. On peut
dire que le dispositif est trop complexe, qu’une partie est déjà engagée, que
c’est insuffisant (la France plaidait pour 1.000 milliards). Mais cela devrait
permettre la ratification par l’Allemagne du fameux mécanisme européen de
stabilité (information confidentielle : le MES, c’est le truc que les
socialistes ont refusé de voter mais qu’ils seront bien heureux de trouver en
arrivant au pouvoir, au moment ou l’Espagne va entrer en turbulence,… avant que cela ne soit notre tour).
Peut-on se
satisfaire des explications de Hollande sur ce qu’il fera quand son projet de
renégocier le traité européen de stabilité empêchera ce mécanisme d’entrer en
activité ? Il faudra trouver autre chose que l’antisarkozysme…
Mais ne soyons pas
négatifs. Il y a tout de même un sujet important dont on parle aux français : la ratification du
traité européen des langues régionales qui, vous l’avouerez, est tout de même
plus urgent et plus grave que l’autre traité dont nous parlions.
Vous
serez heureux d’apprendre que Hollande est pour, Joly à donf et Bayrou fana,
alors que Sarkozy, Mélenchon et le Pen sont contre. Ce qui prouve qu’il y a, au
moins, une faille dans l’enquête de l’Ifop dont nous parlions au
début : l’usage de la langue ne
dépend pas seulement de l’orientation… politique.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire