dimanche 1 avril 2012

LA PIPE AU PAPA DU PAPE PIE PUE


J – 35
La citation est de Jacques Prévert, dans " La crosse en l’air " : « hélas hélas, la pipe au papa du Pape Pie pue ». Quel rapport avec l’élection présidentielle ? Nous y reviendrons plus tard...
Constatons d’abord que nous avons été écoutés et que la campagne a gagné en vigueur, grâce à un événement qui a redressé le débat. Il s’agit d’une enquête sur le sexe et la politique que l’on doit à l’Ifop pour le célèbre et respecté magazine, dit de charme, "Hot Vidéo". Cette "étude" teste le lien entre le degré de satisfaction sexuelle et les positions( !) politiques, ainsi qu’entre les pratiques sexuelles en liaison ( !) avec la proximité politique.
Inutile de hausser les sourcils et de faire l’innocent(e). Comme tout le monde vous avez été abreuvés de commentaires dans les médias et vous avez sûrement attendu quelques instants avant de changer d’émission… pour retomber sur le même sujet. C’est pas vrai ?
Pour notre part, non seulement nous avons tout écouté mais nous avons lu les 27 pages du rapport détaillé sur le site de l’Ifop. Désolé, nous ne donnerons aucun détail (et pourtant, il y en a !) mais avouerons tout de même que, depuis,  nous sommes plongés dans la perplexité la plus profonde sur notre orientation et nos pratiques … politiques.
Tout de même, si l’on ne peut nier le grand intérêt scientifique d’un tel "exercice", surtout à un tel moment (le CSA va-t-il l’intégrer dans le partage des temps alloué aux candidats ?), ne trouvez-vous pas que, comme la pipe au papa du Pape Pie,… ça pue ?
Il y a peu nous écrivions " vous êtes priés de surveiller votre vocabulaire " et listions quelques uns des mots interdits car susceptibles d’avoir une connotation raciste. Rassurez-vous, si toutes les statistiques sur nos origines sont interdites, sur le sexe vous pouvez tout savoir, fréquence, comment, avec qui, à combien et même des choses que maman nous avait cachées ! Freud en tomberait sur … les fesses.
Sinon, toujours rien d’intéressant chez nos candidats. Pourtant, il y a eu deux nouvelles de très grande importance, ces derniers jours. Certes, le sujet est moins sérieux que l’enquête susvisée, il ne s’agit que de l’évolution de la crise et des mesures prises par l’Europe pour sauver les pays menacés de faillite.
Sur la crise, nous avons appris que le déficit public de 2011 serait inférieur aux prévisions, 5,2 % contre 5, 7 %, meilleur donc que nos engagements européens. Que disent nos candidats ? Sarkozy se félicite de constater que la rigueur budgétaire paye, bonne nouvelle. Hollande rétorque que le seul chiffre important est celui de la dette qui augmente, passant de 82,3 % du PIB à 85,8 %, mauvaise nouvelle. On continue donc à nous prendre pour des billes.
Une baisse du déficit budgétaire de 0,50 % c’est 9/10 milliards ! On reste, certes, loin du compte, il en manque encore une centaine pour arriver à zéro déficit en 2016 ou 2017. Mais c’est toujours ça de moins qu’il faudra trouver et surtout cela montre que la politique menée est efficace.
La dette augmente ? Comment pourrait-il en être autrement ? On sait bien que pour réduire vraiment la dette il faut revenir à l’équilibre budgétaire et enregistrer de la croissance. En réalité, c’est un petit peu plus compliqué mais moins que ce que dit François Hollande : « Dès que nous aurons une progression de 1 % en volume des dépenses publiques, si la croissance elle-même est supérieure à 1 %, la part des dépenses publiques dans la richesse nationale diminuera ». C’est pas clair ? Pourtant il y a un énorme aveu. Primo, les dépenses publiques continueront à croître de 1 % par an en plus de l’Inflation. Secundo, avec lui, la croissance de la dette en % du PIB (on ne parle pas de désendettement) ne cessera que si la croissance est supérieure à 1 %. Si ce n’est pas le cas tant pis. Les engagements de réduction du déficit ne seront pas tenus et la dette recommencera d’augmenter. 0 % de déficit en 2017, c’est donc du ... pipeau. L’alternative, c’est, demi-tour droite, comme en 1983, avec une  baisse drastique des dépenses publiques, ou la Grèce ! Mais personne ne semble bouleversé par cette évidence.
Autre nouvelle qui semble laisser de marbre nos candidats : un accord a été trouvé entre les 17 pays de la zone euro pour relever de 500 à 800 milliards les mécanismes financiers destinés à lutter contre la crise de la dette souveraine. On peut dire que le dispositif est trop complexe, qu’une partie est déjà engagée, que c’est insuffisant (la France plaidait pour 1.000 milliards). Mais cela devrait permettre la ratification par l’Allemagne du fameux mécanisme européen de stabilité (information confidentielle : le MES, c’est le truc que les socialistes ont refusé de voter mais qu’ils seront bien heureux de trouver en arrivant au pouvoir, au moment ou l’Espagne va entrer en turbulence,… avant que cela ne soit notre tour).
Peut-on se satisfaire des explications de Hollande sur ce qu’il fera quand son projet de renégocier le traité européen de stabilité empêchera ce mécanisme d’entrer en activité ? Il faudra trouver autre chose que l’antisarkozysme…
Mais ne soyons pas négatifs. Il y a tout de même un sujet important dont on  parle aux français : la ratification du traité européen des langues régionales qui, vous l’avouerez, est tout de même plus urgent et plus grave que l’autre traité dont nous parlions.
Vous serez heureux d’apprendre que Hollande est pour, Joly à donf et Bayrou fana, alors que Sarkozy, Mélenchon et le Pen sont contre. Ce qui prouve qu’il y a, au moins, une faille dans l’enquête de l’Ifop dont nous parlions au début :  l’usage de la langue ne dépend pas seulement de l’orientation… politique.

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