samedi 25 février 2012

UNE TÊTE BIEN FAITE


J- 71
Nous avons dit, hier, que nous étions atterrés de ce que nous avions trouvé chez les candidats sur l’échec de l’école. Nous sommes donc allés voir ailleurs, du côté de cathos et du côté des intellos.
Les cathos d’abord, qu’il ne faut pas négliger puisqu’ils pèsent 2 millions d’élèves, 137.000 professeurs et 823.000 parents, adhérents du syndicat APEL.
Justement, le secrétaire général de l’enseignement catholique, Eric de Labarre, a tenu une conférence de presse, le 24 janvier dernier, pour présenter le « Manifeste de l’école catholique au service de la Nation ».
Que dit-il ? « Rétablir 60.000 postes d’enseignants supprimés n’est pas prioritaire ». Pourtant, l’enseignement catholique a perdu, ces dernières années, 5.000 postes alors que le nombre de ses élèves augmentait de 25.000. Il réfute la théorie des moyens mais il demande une autonomie renforcée des établissements. Le chef d’établissement, « animateur d’équipe, doit avoir le pouvoir de recruter et d’évaluer les professeurs ». Il propose d’alléger d’une heure l’emploi du temps hebdomadaire des collégiens, ce qui permettrait de gagner 15.000 postes.
« Aujourd’hui, l’enseignement catholique n’appelle pas à une réforme de plus … La priorité réside sans doute dans une organisation renouvelée du système éducatif… Il ne s’agit pas de demander des moyens nouveaux (mais) de disposer des conditions pour faire mieux … de laisser d’avantage d’initiative  aux établissements et de latitude aux équipes éducatives et de leur permettre de satisfaire, à la fois, les exigences de qualité éducative et de sobriété budgétaire ».
Peut-on poser une question ? Les résultats sont-ils aussi catastrophiques dans l’école privée que dans l’école publique ? Existe-t-il des évaluations comparatives ? A-t-on d’autres explications que d’affirmer que l’école privée est l’école des riches ?
On ne peut pas ! Dommage…
Du côté des intellos, nous avons trouvé une étude passionnante de l’Institut Montaigne (une association de « grosses têtes, de toutes obédiences politiques, qui s’autorisent à penser, et à publier, sur les  grands  de sujets de société). Il s’agit d’un document de 140 pages, intitulé « « Vaincre l’échec à l’école primaire ». Nous avons sélectionné quelques  propositions.
Une idée  consiste à « réorganiser progressivement l’école sur la base des cycles et non plus des classes », en particulier des cycles entre l’école maternelle et l’école élémentaire. Il est donc recommandé « d’abaisser l’âge de la scolarité obligatoire à 5 ans, ce qui implique que l’Etat finance l’école obligatoire à partir de 5 ans pour l’ensemble des établissements, d’intégrer la dernière année de maternelle (grande section) à l’école élémentaire »… et aussi  de «  réaliser les évaluations en début de CE1 et en fin de CM1, afin de consacrer une année entière à l’acquisition des compétences qui font défaut aux élèves ».
Sur le « temps des enfants », la proposition est de « revenir à une année scolaire plus ample et moins dense » par le retour à une semaine de 5 jours, la réduction du nombre d’heures travaillées chaque jour, l’instauration d’un calendrier alternant 8 semaines de cours et 2 semaines de vacances, l’allongement de l’année scolaire d’au moins deux semaines.
En ce qui concerne le métier de professeur des écoles, le rapport préconise de « mettre en œuvre un dispositif incitatif pour les candidats à cette profession », notamment en offrant, dès les premières années de licence, des contrats de pré recrutement. Il propose également une revalorisation salariale en début de carrière, avec une progression moins importante par la suite et de verser des primes significatives aux enseignants expérimentés volontaires pour enseigner dans les zones difficiles.
Nous avons relevé, enfin, s’agissant de l’organisation de l’école, la recommandation de « mise en œuvre d’une gouvernance efficace des écoles primaires et un pilotage effectif du système » (ce qui impliquerait de prendre les décrets d’application de la loi de 2004 relative aux libertés et responsabilités locales) et celle de « sélectionner et former des directeurs d’écoles de qualité exerçant un réel pouvoir de pilotage de leur établissement » (par la mise en place d’un véritable statut pour les directeurs d’école et l’introduction d’une part variable dans la rémunération en fonction des résultats).
Au total, Sarkozy et Hollande devraient y retrouver leur compte, enfin un vrai débat démocratique ! Serait-ce possible, sur ce sujet, au moins ?
Montaigne avait donc raison : « il vaut mieux une tête bien faite qu’une tête bien pleine ». Sauf que l’on commet généralement un contresens sur cette maxime. Il ne parlait pas de l’enfant mais du maître ! Si vous ne le croyez pas, voici le texte exact.
« Quand bien nous pourrions estre sçavants du scavoir d’autruy, au moins sage ne pouvons nous estre que de nostre propre sagesse. D’où qu’ayant plutost envie d’en tirer un habil’ homme qu’un homme sçavant, je voudrois aussi qu’on fut soigneux de luy choisir un conducteur qui eust plutost la test bien faicte que bien pleine ».
Cela change tout, n’est-ce pas ?

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