J- 71
Nous avons dit, hier, que nous étions
atterrés de ce que nous avions trouvé chez les candidats sur l’échec de
l’école. Nous sommes donc allés voir ailleurs, du côté de cathos et du côté des
intellos.
Les cathos d’abord, qu’il ne faut pas
négliger puisqu’ils pèsent 2 millions d’élèves, 137.000 professeurs et 823.000
parents, adhérents du syndicat APEL.
Justement, le secrétaire général de
l’enseignement catholique, Eric de Labarre, a tenu une conférence de presse, le
24 janvier dernier, pour présenter le « Manifeste de l’école catholique au
service de la Nation ».
Que dit-il ? « Rétablir
60.000 postes d’enseignants supprimés n’est pas prioritaire ». Pourtant,
l’enseignement catholique a perdu, ces dernières années, 5.000 postes alors que
le nombre de ses élèves augmentait de 25.000. Il réfute la théorie des
moyens mais il demande une autonomie renforcée des établissements. Le chef d’établissement,
« animateur d’équipe, doit avoir le pouvoir de recruter et d’évaluer les
professeurs ». Il propose d’alléger d’une heure l’emploi du temps
hebdomadaire des collégiens, ce qui permettrait de gagner 15.000 postes.
« Aujourd’hui, l’enseignement
catholique n’appelle pas à une réforme de plus … La priorité réside sans
doute dans une organisation renouvelée du système éducatif… Il ne s’agit pas de
demander des moyens nouveaux (mais) de disposer des conditions pour faire mieux
… de laisser d’avantage d’initiative aux
établissements et de latitude aux équipes éducatives et de leur permettre de
satisfaire, à la fois, les exigences de qualité éducative et de sobriété
budgétaire ».
Peut-on poser une question ? Les
résultats sont-ils aussi catastrophiques dans l’école privée que dans l’école
publique ? Existe-t-il des évaluations comparatives ? A-t-on d’autres
explications que d’affirmer que l’école privée est l’école des riches ?
On ne peut pas ! Dommage…
Du côté des intellos, nous avons
trouvé une étude passionnante de l’Institut Montaigne (une association de
« grosses têtes, de toutes obédiences politiques, qui s’autorisent à
penser, et à publier, sur les grands
de sujets de société). Il s’agit d’un document de 140 pages, intitulé
« « Vaincre l’échec à l’école primaire ». Nous avons sélectionné
quelques propositions.
Une idée consiste à « réorganiser progressivement
l’école sur la base des cycles et non plus des classes », en particulier
des cycles entre l’école maternelle et l’école élémentaire. Il est donc
recommandé « d’abaisser l’âge de la scolarité obligatoire à 5 ans, ce qui
implique que l’Etat finance l’école obligatoire à partir de 5 ans pour
l’ensemble des établissements, d’intégrer la dernière année de maternelle
(grande section) à l’école élémentaire »… et aussi de « réaliser les évaluations en début
de CE1 et en fin de CM1, afin de consacrer une année entière à l’acquisition
des compétences qui font défaut aux élèves ».
Sur le « temps des
enfants », la proposition est de « revenir à une année scolaire plus
ample et moins dense » par le retour à une semaine de 5 jours, la
réduction du nombre d’heures travaillées chaque jour, l’instauration d’un calendrier
alternant 8 semaines de cours et 2 semaines de vacances, l’allongement de
l’année scolaire d’au moins deux semaines.
En ce qui concerne le métier de
professeur des écoles, le rapport préconise de « mettre en œuvre un
dispositif incitatif pour les candidats à cette profession », notamment en offrant,
dès les premières années de licence, des contrats de pré recrutement. Il
propose également une revalorisation salariale en début de carrière, avec une
progression moins importante par la suite et de verser des primes
significatives aux enseignants expérimentés volontaires pour enseigner dans les
zones difficiles.
Nous avons relevé, enfin, s’agissant
de l’organisation de l’école, la recommandation de « mise en œuvre d’une
gouvernance efficace des écoles primaires et un pilotage effectif du
système » (ce qui impliquerait de prendre les décrets d’application de la
loi de 2004 relative aux libertés et responsabilités locales) et celle de
« sélectionner et former des directeurs d’écoles de qualité exerçant un
réel pouvoir de pilotage de leur établissement » (par la mise en place
d’un véritable statut pour les directeurs d’école et l’introduction d’une part
variable dans la rémunération en fonction des résultats).
Au total, Sarkozy et Hollande
devraient y retrouver leur compte, enfin un vrai débat démocratique ! Serait-ce
possible, sur ce sujet, au moins ?
Montaigne avait donc raison :
« il vaut mieux une tête bien faite qu’une tête bien pleine ». Sauf
que l’on commet généralement un contresens sur cette maxime. Il ne parlait pas
de l’enfant mais du maître ! Si vous ne le croyez pas, voici le texte
exact.
« Quand
bien nous pourrions estre sçavants du scavoir d’autruy, au moins sage ne
pouvons nous estre que de nostre propre sagesse. D’où qu’ayant plutost envie
d’en tirer un habil’ homme qu’un homme sçavant, je voudrois aussi qu’on fut
soigneux de luy choisir un conducteur qui eust plutost la test bien
faicte que bien pleine ».
Cela
change tout, n’est-ce pas ?
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