vendredi 24 février 2012

INSTRUIRE OU ÉDUQUER ?


J - 72


Nous avions promis de revenir sur le sujet de l’école, qui est le plus grave que la France ait à affronter aujourd’hui. Nous avons traîné des pieds parce que, avouons-le avant que l’on ne nous le reproche, nous ne nous sentons pas particulièrement compétents.
Nous nous limiterons donc à une comparaison, aussi objective que possible, des propositions de nos champions candidats en privilégiant la maternelle et le primaire, puisqu’il apparaît que c’est là que tout se joue.
Notons d’abord une surprise : les divergences ne sont pas systématiques mais varient selon les sujets, ce qui est rare en politique. Cela pourrait être réconfortant mais nous verrons, en conclusion, que c’est plutôt inquiétant.
Voyons, d’abord, les sujets sur lesquels les candidats ne sont plus très éloignés l’un de l’autre, notamment parce que Sarkozy parait décidé à revenir sur certaines des réformes de 2008.
Ainsi des rythmes scolaires. Hollande demande l’allongement de la semaine et de l’année scolaire. Sarkozy est d’accord sur l’allégement de la journée des élèves et à la réduction des vacances scolaires. L’UMP parle de la semaine de quatre jours et demi et Darcos de neuf demi journées par semaine. Exit la semaine des quatre jours !
Idem sur la formation des maîtres. Hollande s’engage : «  L’année de stage sera rétablie ». Sarkozy est d’accord pour rétablir « la formation initiale des enseignants ».
Sur les effectifs, officiellement, c’est la guerre : Hollande persiste et signe sur les 60 000 emplois supplémentaires, Sarkozy dénonce le coût irresponsable de cette mesure. En fait, la question parait réglée : il y aura bien 60 OOO personnes de plus … en primaire, mais le financement proviendra de redéploiements du secondaire vers le primaire.
On arrive alors aux sujets de confrontation droite/gauche.
Sarkozy préconise l’autonomie des établissements scolaires dont le directeur aurait la maîtrise des budgets, des recrutements et des évaluations des professeurs. Hollande y est opposé et préfère parler de « gouvernance plus collégiale et démocratique ».
Autre proposition de Sarkozy, la refonte du collège en regroupant, d’une part, les 6ème et les 5ème, et, d’autre part, les 4ème et les 3ème. Hollande y est opposé.
Encore un sujet de friction : le statut des enseignants. Sarkozy souhaite la réforme de ce statut qui remonte à 1950, aujourd’hui « en décalage avec la réalité de la société », afin d’intégrer dans leurs missions « l’accompagnement », c'est-à-dire, le tutorat et l’orientation des élèves. Hollande est d’accord pour négocier les missions des enseignants mais pas pour toucher à leur statut.
Désaccord, aussi, sur les évaluations. Hollande veut supprimer les évaluations de CE1 et de CM2 et les remplacer par des évaluations « indépendantes et incontestables » ; il est hostile à la publication des résultats de ces évaluations. Sarkozy maintient la nécessité d’évaluer la maîtrise de ces savoirs fondamentaux tout au long de la scolarité en primaire ; il est favorable à la publication des résultats par établissement.
Désaccord, enfin, sur les classes Métiers-études. Sarkozy considère qu’elles permettent à ceux qui le souhaitent d’entrer en apprentissage dès 14 ans. Hollande s’en tient au « collège unique ».
Un mot sur la rémunération des enseignants. La droite l’a fait pour les jeunes enseignants (insuffisamment disent les syndicats) et déclare qu’il « faut continuer la revalorisation ». Sur ce terrain miné,  Hollande fait preuve de la plus grande prudence. Il n’a pas oublié, en effet,  les mesures de revalorisation décidées par Jospin en 1989, sans rien obtenir en échange. Il a donc simplement dit qu’il comptait en discuter, tout comme l’évolution de leur métier, avec les organisations syndicales...
Voilà. Pour une fois, nous nous sommes contentés d’être descriptifs, sans commentaires, ni petites blagues. Résultat, nous sommes totalement atterrés. Avec le sentiment que l’on se moque de nous. Il suffit de proposer de « revenir aux fondamentaux » et l’on a tout dit ? Rien sur la compétence des enseignants, rien sur la discipline des élèves (l’éducation n’est-ce pas, avant tout, la bonne éducation), et rien sur la responsabilité des parents (qui « supportent » leurs enfants, à l'école, comme  leur équipe de foot, au stade)…
En définitive, cette expérience que nous venons de tenter ne vous aura sans doute rien apporté. Mais c’est la photo, comme l’on dit aujourd’hui des sondages, de l’état de la France. Clientélisme et corporatisme…
Quant à nos enfants et petits-enfants, ce n’est pas seulement une dette que nous leur  
 laisserons mais, pire encore, une mauvaise éducation.

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