J-77
Pas un discours à gauche sans que ne soient évoqués les « 75 milliards de cadeaux faits aux riches ». Sans être sortis de polytechnique on comprend que cinq fois 15 ça fait 75. Les allègements fiscaux consentis par la droite sous le quinquennat de Sarkozy s’élèveraient donc à 15 milliards par an.
Dans sa rubrique « DESINTOX » du 16 Février Libération parle clairement de « bobard ». Citons ce qui dit ce journal que l’on sait engagé aux côtés de Hollande : « Si on peut bien trouver dans le bilan de Sarkozy 75 milliards d’allègements fiscaux divers , il est impossible de les qualifier de cadeaux aux plus fortunés… Quand le PS s’est risqué à faire la liste desdits 75 milliards de cadeaux,( …) il évoquait en vrac : l’exonération des heures supplémentaires, la TVA abaissée dans la restauration ou encore la réforme de la taxe professionnelle. Bref, ce chiffre n’a aucune réalité . »
Quand on répète en boucle un chiffre que l’on sait faux, on ne ment pas ?
Nous n’allons pas nous livrer à une analyse personnelle, de tout manière sujette à contestation, du chiffrage des différentes mesures fiscales prises par la droite, mais, plus simplement, reprendre les propres calculs du PS (pour ceux qui voudraient plus de détails il suffit d’aller sur son site Internet).
Nous y découvrons que ce chiffre est, pour l’essentiel, l’addition des exonérations fiscales et sociales sur les heures supplémentaires (4,1 milliards), du crédit d’impôts sur les intérêts des emprunts pour l’achat d’une résidence principale (1,5 milliard), de la baisse des droits de succession (2,0 milliards). A cela le PS ajoute, à la fois, le bouclier fiscal (0,8 milliard) et la réforme de l’ISF (1,8 milliard), soit 2,6 milliards pour les « riches ». Nous y reviendrons.
Ensuite, le PS procède à une multiplication (voir notre rubrique « l’arithmétique pour les nuls »). Le total obtenu par toutes ces mesures est multiplié par 4,5 ( la durée d’application sous le quinquennat de Sarkozy), ce qui donne 45 milliards. Il nous reste donc 30 milliards à trouver. Les voici.
La suppression de la TVA sur la restauration, 3 milliards par an soit pour 3 ans d’application, 9 milliards, auxquels il faut ajouter la suppression de la taxe professionnelle, également sur 3 ans, soit un total de 21 milliards.
45+9+21= 75. Le compte y est. Mais les riches là-dedans ?
Difficile de considérer qu’ils ont bénéficié des exonérations sur les heures supplémentaires, ni du crédit d’impôt sur les intérêts payés pour l’achat d’une résidence principale, ni de la baisse de la TVA sur la restauration, ni de la suppression de la taxe professionnelle (que Mitterrand appelait « l’impôt imbécile »).
Restent le bouclier fiscal et la réforme de l’ISF dont l’addition est évaluée, par les socialistes, à 2,6 milliards par an. Notons l’astuce, pour ne pas dire le mensonge, qui consiste à additionner le coût pour l’Etat du bouclier fiscal et de la réforme de l’ISF puis de multiplier par 4,5. On oublie au passage que la suppression de l’un et la réforme de l’autre sont intervenues en 2011. Ces mesures ne s’appliquant qu’en 2012, inclure le coût du bouclier fiscal est légitime, certainement pas la réforme de l’ISF qui doit compenser la suppression du bouclier. C’est l’un ou l’autre, pas les deux…
En réalité, les « cadeaux aux riches » du quinquennat ne peuvent concerner que le seul bouclier fiscal : 0,8 millions x 4,5 = 3,6 milliards.
En résumé 75 – 3,6 = 71,4 milliards, qualifiés à tort de cadeaux aux riches. Soit un gros, gros, très gros, mensonge.
Mais si l’on veut être complet, il faut aussi parler des annulations négatives (bel oxymore, nous étions en manque !) qui viennent d’être appliquées aux riches. Nous avons déjà parlé de la suppression du bouclier fiscal : 800 millions . Il y a aussi les droits sur les grosses successions qui passent de 35 à 40 % entre 900 000 euros et 1,8 million et à 45 % au-delà, soit 1 milliard par an de gain pour l’Etat. Il faut, enfin, ajouter la taxe additionnelle sur les revenus supérieurs à 250 000 euros, soit 0,4 millions de recettes nouvelles. Total de tous ces cadeaux négatifs : 2,2 milliards.
Que l’on nous comprenne bien. Le propos n’est pas de justifier l’ensemble des mesures fiscales incluses dans les 75 milliards du PS. On peut être contre la baisse de la TVA dans la restauration, considérer que l’exonération de taxes sur les heures supplémentaires sont anti économiques, que le crédit d’impôt sur les intérêts d’emprunt ne s’est pas révélé très convaincant et, même, trouver très justifié le sac de sable supplémentaire qui pesait sur la compétitivité des entreprises. Mais dire que les riches ont bénéficié de 75 milliards de cadeaux fiscaux, c’est mentir.
La vérité est que si le relèvement de 50 à 60 % du bouclier fiscal a effectivement fait économiser 3,6 milliards « aux riches », pendant toute la durée du quinquennat, ils se retrouvent aujourd’hui à payer plus d’impôts qu’au début du quinquennat.
On peut évidemment, estimer qu’ils devraient payer plus. Mais dire que la gauche peut, si elle revient au pouvoir, augmenter les recettes de l’Etat en annulant les « cadeaux faits aux riches », cela revient à faire croire qu’il y a une solution simple pour réduire les déficits.
Mentir sur le bilan de ses adversaires, ce n’est pas bien. Mais mentir sur ce que l’on prétend faire, c’est très mal…
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