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Les français, dont les ancêtres étaient gaulois, n’aiment rien tant que résister et de dire NON ! Non aux règles, non à l’autorité et surtout, non au chef. C’est sûrement la raison pour laquelle, dans l’histoire, on leur a rarement laissé la possibilité de choisir leurs dirigeants. C’est aussi la raison pour laquelle il s’en sont régulièrement débarrassés par la violence.
Jusqu’au jour où l’on a inventé le droit de vote. A part quelques tentatives qui ne furent pas convaincantes, on peut dire que les premières élections presque démocratiques (bien entendu, les femmes, notamment, en étaient exclues) ont commencé avec la IIème République. Les citoyens se sont empressés d’élire un candidat improbable qui inventa, à son tour, le référendum plébiscitaire.
C’est ainsi que Napoléon III, puisqu’il faut le citer, remporta, en 1848, la première élection présidentielle, avant de se faire désigner empereur par un référendum plébiscite, le 2 décembre 1851. Bien entendu, il finit par être chassé par une révolution.
On comprend pourquoi, la France s’est interdit, pendant un siècle, non seulement l’élection présidentielle au suffrage direct mais aussi le référendum.
La seconde guerre mondiale, l’occupation et la libération devaient rebattre les cartes et comme tout était à reconstruire, on a proposé aux français d’approuver une nouvelle constitution par référendum. Comme il fallait s’y attendre, ils répondirent non(1945). Une seconde tentative sera nécessaire (1946) pour établir la IVème République qui se terminera, comme l’on sait, par le retour de Général de Gaulle dans des conditions que nous qualifierons d’exceptionnelles.
Toujours est-il que, cette fois-ci, le référendum approuvant la Vème République fut approuvé à plus de 80 % par les français. Un vrai plébiscite ! De Gaulle pouvait s’installer à l’Elysée, doté de tous les pouvoirs pour gouverner. On a cru que la France avait, enfin, conjuré le mauvais sort. Pour transformer l’essai, de Gaulle fit approuver, une nouvelle fois par un référendum plébiscitaire (« moi ou le chaos ») largement favorable, le rétablissement de l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Des institutions stables, un président élu par le peuple, la France en avait fini avec ses vieux démons…
Jusqu’à l’élection suivante, en 1965, quand le Général de Gaulle se présente, pour la première fois depuis un siècle, au suffrage des français. Coup de tonnerre, il est mis en ballottage et doit affronter Mitterrand au second tour. C’est aujourd’hui le rêve de tous les candidats, mais pour de Gaulle devoir quémander sa réélection au second tour fut l’humiliation suprême. D’ailleurs, il ne l’emportera pas au paradis puisqu’il quitta le pouvoir en 1969, à la suite d’un référendum (toujours plébiscitaire) perdu.
Depuis, tous les référendums ont été un cauchemar pour les dirigeants (soient qu’ils aient été perdus, soient qu’ils aient recueilli des records d’abstention, soit qu’ils aient durablement divisé les français).
Quant aux dirigeants, aucune équipe sortante n’a jamais gagné l’élection suivante : Giscard s’imposant contre les gaullistes en 1974, battu par Mitterrand en 1981, lui-même perdant les législatives de 1986 mais battant Chirac, le chef du gouvernement, en 1988. Et ça continue, en 1993 Mitterrand perd à nouveau les législatives. C’est Balladur qui devient premier ministre et se présente à la présidentielle suivante, en 1995. Il est battu par Chirac, qui n’était pas le sortant. En 1997, à la suite d’une dissolution malheureuse, les socialistes reviennent au pouvoir avec Jospin à Matignon, qui perd la présidentielle contre Chirac en 2002. En 2007, enfin, les chiraquiens ne parviendront pas à faire barrage à Sarkozy qui, s’étant habilement donné l’image de l’anti-Chirac, remportera l’élection présidentielle.
Toute cette histoire (de France) pour en arriver à … mais, vous l’avez compris depuis le début! Cette règle de la vie politique française, qui veut que quand on accède au pouvoir, on est certain de le perdre à l’élection suivante, a sa conclusion logique : Sarkozy être battu. Non pas parce que Hollande va gagner mais parce que son adversaire va perdre, comme tous les sortants.
Voilà pourquoi Sarko va tenter un dernier coup. Le coup de grâce ou le coup de génie : le plébiscite ! On a vu que les français étaient rétifs aux élections présidentielles et aux référendums mais qu’ils adoraient les plébiscites. Ce vieux truc Bonapartiste qui ne consiste plus à sortir le sortant mais à choisir le champion. Et ça, les français, ils adorent…
Evidemment, en 2012, transformer une élection présidentielle en plébiscite, ce n’est pas simple. Il lui fallait, pour cela, la complicité de Hollande. Alors, il a eu une idée lumineuse : pousser son concurrent à transformer lui-même l’élection présidentielle en plébiscite.
Une fois que l’on a l’idée, la suite est assez simple : proposer d’organiser des référendums sur des sujets aussi contestés que le chômage ou l’immigration ne pouvait que faire grimper aux rideaux un socialiste normalement paramétré. Provocation, populisme, division, etc. Normal, et l’on aurait pu en rester là.
Sauf que Hollande n’a jamais su résister à un mot d’humour, à la formule censée tout à la fois faire rire et faire mal. Le bon mot était « le prochain référendum, c’est l’élection présidentielle ».
Le malheureux ! Du coup, l’enjeu n’est plus de sortir le sortant, par principe, mais de choisir entre deux personnalités. Exactement ce qui plait aux français. Ils vont maintenant comparer les muscles, le charisme, l’autorité. Une sorte de Star démocratie en somme.
Et, sur ce terrain, Hollande n’est pas certain de devenir le champion…
PS. Dans notre avant-dernière chronique, « Tar’ta gueule à la récré », nous disions qu’à l’école il y a les dominants et les dominés, ceux qui attaquent et ceux qui reculent. Dimanche après-midi, interrogé sur BFM-TV, à propos de l’agressivité de Sarkozy à son égard, il a répondu « S’il y a quelqu’un qui vient me chercher dans la cour de récréation, je ne suis pas obligé d’aller dans le pugilat »…
Un champion ?
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