mercredi 22 février 2012

L'ENNUI

J – 74
En ce moment, c’est le mot qui nous vient naturellement. Pourtant, on ne peut pas dire qu’il ne se soit rien passé. Le président de la République vient de rentrer dans la course : il est candidat à un second mandat. Que souhaiter de mieux dans une campagne présidentielle ?
Eh bien, simplement qu’il se passe quelque chose !
Certes, il s’en est passé des choses. Sarkozy a mis le turbo, de meetings en télés, de déclarations en visites de terrain, il anime la campagne.
Mais quand on a, comme nous, choisi de raconter au jour le jour, tout ce qui se passe au long des 500 derniers jours du PS, avant les présidentielles de 2012, qu’avons-nous à nous mettre sous la plume ? Une équipe qui mène au score, joue la défense et en appelle à l’arbitre pour un carton jaune ou rouge face à l’offensive de l’équipe adverse.
Car qui fait le jeu ? Sarkozy, évidemment. Un jour le référendum sur le chômage et l’immigration, un jour la proportionnelle, un jour la TVA sociale, un jour le droit de vote aux étrangers, un jour le mariage et l’adoption homosexuels, un jour  l’euthanasie… et, bien entendu, des attaques contre le concurrent qui « a affaibli la France en mettant en danger la politique familiale », qui « ment du matin au soir » en disant aux anglais qu’il est libéral et en France que l’ennemi c’est la finance, qui compromet l’indépendance énergétique du pays en échange de quelques bulletins de vote et qui ne respectera pas les engagements pris vis-à-vis de nos partenaires européens.
D’accord, ce n’est pas rien, mais que fait la gauche, depuis des mois, des années, sinon rabaisser le président sur sa vie de famille, ses amis, les restaurants qu’il fréquente, sans parler de son équilibre mental, et les mises en cause éthiques ou morales  (souvenez-vous de la première secrétaire comparant Sarkozy à Madoff !).
Mais à ce niveau, et à ce stade de la compétition, on ne doit pas jouer les « chochottes » comme on le disait finement rue de Solferino en ciblant Hollande.
Pourtant, que fait Hollande ? Il rend coup pour coup et répond, sur le fond, aux attaques ? Peut-on citer ne seule idée nouvelle qu’il ait émise depuis l’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy ?
Non, il déclare : « chacun mène la campagne comme il l’entend. Moi, je ne participe pas de la violence, ni de l’agressivité. Ce ton n’est pas digne de la fonction à laquelle je suis candidat. Si M. Sarkozy veut être dans le registre de l’agressivité, je le laisse. Cela correspond sans doute à son tempérament. Ceux qui s’énervent, ceux qui s’agitent, sont souvent ceux qui s’inquiètent ». Habile, non ? Psychanalyse contre mensonge…
Si vous avez le courage de réécouter les discours de Hollande depuis de très nombreux mois vous constaterez que la moitié au moins est  systématiquement consacrée à démolir son adversaire, qu’il évite d’ailleurs de nommer.
Mais quand ce dernier, enfin candidat, attaque à son tour, il n’y a plus personne. C’est bien de découvrir que l’on peut faire campagne en respectant son adversaire, mais cela ne l’a  pas empêché de poursuivre ses attaques féroces. Ce n’est pas choquant. Ce qui est ridicule, c’est que, lorsqu’il est, à son tour, critiqué, il s’écrie « Allo, maman, bobo ! » et explique qu’il ne répondra pas.
Mais si, justement, il faut répondre, sans violence, avec mesure, mais autrement que par des insinuations sur d’autres sujets.
Les socialistes devraient prendre garde, parce que, maintenant qu’ils prétendent accéder au pouvoir, ils devraient y réfléchir à deux fois avant d’évoquer le bling-bling, les copains riches, les belles montres et les jolies voitures, le Fouquet’s et la croisière en bateau, les mises en cause judiciaires…
La droite, il faut lui en donner acte, s’est abstenue, jusqu’à présent, de nous emmener à New York, Place des Vosges, au Carlton à Lille , en Région île de France, dans les Bouches du Rhône, dans l’Hérault, à la Maison de l’Amérique Latine, à la Coupole( connaissez-vous la différence entre ce Restaurant culte et le Fouquet’s ? L’un est rive gauche et l’autre, rive droite).
Comme nous le pressentions,  François Hollande souffre du syndrome de la cour de récréation : quand on donne des coups, on risque d’en recevoir. Il vaudrait mieux, pour tout le monde, d'en revenir à la vraie confrontation républicaine, projet contre projet :   « si c’est ça que tu veux faire, eh bien, voilà, ce que, moi, je ferai… ».
Monsieur Hollande, ce qui nous intéresse, ce n’est pas la guerre des boutons, c’est ce que vous ferez de la France, si on vous la confie. C’est vous qui avez dit que le changement, c’était demain ? Alors développez clairement  ce que vous proposez pour demain. Faites-nous rêver, pas culpabiliser. Et  sortez-nous de l’ennui…



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