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François Hollande a déclaré qu’il faudra « investir parce qu’il y a de vieilles centrales nucléaires qui viennent à expiration ». Pour allonger leur durée de vie ? Non, il promet clairement « des investissements pour fermer de vieilles centrales », on a bien entendu…
Jusqu’à présent, on nous avait appris qu’un investissement était une dépense destinée à produire plus, produire mieux, produire plus longtemps. Une dépense qui a pour objet de fermer, de démanteler, de détruire, c’est un coût, en aucun cas un investissement !
Investir pour arrêter de produire, ne serait-ce pas un nouvel oxymore ? En tout cas c’est incompréhensible…
S’il tenait à annoncer des investissements dans la filière électrique, il fallait évoquer le développement des énergies nouvelles - même s’il s’agit d’investissements qui n’ont toujours pas fait la preuve de leur rentabilité, puisqu’ils doivent être subventionnés - mais, au moins, ils sont créateurs d’emplois.
Alors, pourquoi annoncer des investissements pour fermer de vieilles centrales ? Excluons l’erreur de langage, l’expression a été trop souvent reprise pour que l’on puisse envisager un problème de traduction à partir du hollandais.
C’est d’autant plus étonnant, qu’il parait avoir, désormais, les idées claires sur le sujet, même si elles ne sont pas partagées par tout le monde. « Je suis pour la diversification des sources de d’énergie pour produire l’électricité... Pour les 15 à 20 ans à venir, il s’agira de réduire la part du nucléaire de 75 % à 50 %, tout en faisant monter les énergies renouvelables ». Pour être bien compris de qui vous savez, il ajoute : « c’est avec cette diversification des sources d’énergie que nous aurons une mutation industrielle qui fera toujours du nucléaire la source principale de production électrique, en même temps qu’on y ajoutera des énergies renouvelables » ! Dieu que cet homme est compliqué, comment arrive-t-il à ne pas se faire de lumbago ? Maintenant on comprend le surnom de culbuto…
Si l’objectif est clair, le calendrier l’est beaucoup moins. Combien de fermetures de centrales nucléaires engagées lors de son éventuel quinquennat ? Une seule (Fessenheim ?), deux, plus ? Et quel en sera le coût financier et social ?
C’est là que le bât blesse. On a déjà constaté combien il était contesté, dans son propre camp, par les « pas assez loin - pas assez vite » (les Khmers verts) et, aussi, par les « pas d’accord » (Chevènement, les communistes, la CGT..). Mais on change de registre avec l’entrée en scène de Nicolas Sarkozy qui condamne l’accord PS/EE-LV et les propositions du candidat socialiste. Que dit-il ?
Que fermer 24 réacteurs, tout en s’interdisant d’en construire de nouveaux, c’est bien sortir du nucléaire et que cela équivaut à brader les intérêts de la nation. Il évoque la perte d’indépendance énergétique, la baisse de compétitivité de notre l’industrie, les conséquences négatives sur la balance commerciale, sur le pouvoir d’achat des français qui paieront leur électricité beaucoup plus cher, sur l’emploi qui baissera directement dans la filière nucléaire et indirectement par la délocalisation des entreprises qui dépendent de l’énergie bon marché…
Dans l’équipe du candidat socialiste on applique les éléments de langage convenus : c’est un menteur !
Mais Hollande voit bien le danger, d’autant que différents sondages montrent que les français ne sont pas majoritairement favorables à la sortie du nucléaire.
Pour la première fois, on assiste à une redistribution des rôles. Jusqu’à présent, en effet, les socialistes avaient la part belle, ils étaient dans la critique frontale et, faute de propositions, ils ne pouvaient être, eux-mêmes, mis en cause. Maintenant que Hollande commence à sortir du bois, il se trouve, à son tour, confronté à la critique.
Or, il lui est difficile de répondre sur la perte d’indépendance énergétique, tant elle est inévitable, comme sur la hausse du prix de l’électricité, qui est inéluctable, ou sur la perte de compétitivité, qui est indiscutable. Reste alors l’emploi, le premier souci des français.
Il faut donc déminer. Comment ? En parlant d’investissement, mot qui est, dans l’esprit des français, synonyme d’emplois. De fait, le démantèlement entrainera des emplois. Au moins pendant la période de démontage. Ensuite... ce sera un autre quinquennat!
Saluons donc la naissance d'un nouveau concept économique : l’investissement destructeur d’activité.
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