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Depuis que nous l’écoutons, nous sommes parvenus à la conclusion que le Hollandais est une langue différente de celle couramment parlée en politique. Chaque homme ou femme d’état a son propre style, souvent décalqué de son modèle ou de son mentor. Mais lui, c’est différent, même s’il cherche à copier Mitterrand, il a quelque chose de particulier. Nous aurons encore le temps d’affiner nos recherches au cours des 158 jours qui nous séparent de l’échéance, mais nous avons déjà relevé que, pour parler hollandais, il fallait disposer de deux choses.
En premier, cela peut paraitre trivial mais c’est essentiel, d’une gomme. Ainsi que nous l’avons, à mainte reprise, constaté, pas de discours de Hollande sans coups de gomme. Il aurait pu tout aussi bien utiliser les ciseaux ? Certes, mais cela se voit. C’est donc de la gomme qu’il use systématiquement pour faire disparaitre un paragraphe, une phrase, un mot qui pourraient être embarrassants. On pense naturellement à l’accord avec les Verts, mais nous avons également signalé dans nos précédentes chroniques de nombreux passages, évidemment essentiels, escamotés, au dernier moment, de ses discours.
En second, le goût de la rhétorique. Hollande est un orateur, c’est indiscutable, mais l’on est souvent surpris par les mots qu’il emploie.
Dans notre rubrique du 8 novembre, « parlez-vous hollandais ? » nous pointions son attirance pour l’oxymore, par exemple, la jolie formule : " économie de dépenses " ou, dans la même veine, " réduction des dépenses fiscales ".
Dans notre toute dernière chronique, du 28 novembre (« Investir plus pour produire moins ») nous nous interrogions devant cette forme de confusion verbale qui le conduit à qualifier d’investissement ce qui n’est qu’une dépense improductive, en l’occurrence la démolition de centrales nucléaires.
Mais nous ne sommes pas les seuls. Le journal " Le Monde", daté du 29 novembre, publie un article intitulé « François Hollande et l’école, ou l’art de transformer une dépense en investissement ». On peut y lire que « chaque centime dépensé est un investissement… eh oui, on est dans une économie de la connaissance et la jeunesse est un gisement de croissance ! ».
Nous avons donc cherché à découvrir les raisons de ces étrangetés de langage. Disons-le tout de suite, nous avons écarté toute référence médicale, notamment les troubles du langage. Ce serait désobligeant et de surcroit inapproprié.
La linguistique, en revanche, nous a ouvert une piste intéressante avec cette figure de style qu’est la catachrèse (« mot détourné de son sens pour signifier une autre chose, qui a une analogie », ou encore, en ergonomie, « l’utilisation d’un outil que l’on a sous la main, à la place de l’outil adéquat »). Cela parait bien correspondre aux " économies de dépenses " ou aux " investissements de démantèlement " que nous évoquions…
Mais l'on peut, tout aussi bien, se demander si ce n’est pas avec l’argent qu’il a un problème, lui qui n’aime pas les riches. Si ce n’est pas le simple fait d’imaginer une dépense qui lui est insupportable, ce qui serait bon signe pour l'avenir de nos finances publiques... Il va nous falloir continuer nos analyses.
En attendant, nous nous en tiendrons à une seule question qui, bien qu’elle se réfère à l’anatomie, n’est qu’une figure de rhétorique : n’aurait-il pas tout simplement une langue de bois ?
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