jeudi 23 juin 2011

LA MALEDICTION DES PRIMAIRES

24/06/2011 : J – 316
Escarmouches politiciennes ou véritable enjeu de libertés publiques ?
A priori demander aux sympathisants de choisir leur candidat au poste suprême de la République apparait comme une avancée démocratique.
Depuis qu’il n’a plus de chef charismatique, le PS rencontre de grandes difficultés à désigner son  premier secrétaire et son candidat à la présidentielle. Pour s’en tenir à un passé récent, personne n’a oublié les funestes primaires de 2006, ni les fraudes électorales lors de l’élection du premier secrétaire en 2008. Le consensus sur une primaire transparente, ouverte à tous les sympathisants, semblait donc une bonne idée.
Les conditions pour voter ? Etre inscrit sur les listes électorales, signer une charte d’adhésion aux valeurs de gauche et payer au moins un euro de contribution.
Tout a été prévu par ailleurs, pour mettre en place un code de bonne conduite entre les compétiteurs et une Haute Autorité, responsable de la régularité des opérations.  Mais, trop occupé à désamorcer les risques de divisions internes, les socialistes ont sous-estimé la capacité de nuisance de l’adversaire.
L’attaque fut brutale : haro sur la primaire !
Quels sont les arguments de l’UMP (Guéant et Coppé sont à la manœuvre) ?
Nous laisserons, pour l’instant,  de côté les questions de gros sous (nature juridique de la « contribution », financement de la primaire, inclusion éventuelle de son coût dans les comptes de campagne) pour ne retenir que le point suivant, qui mérite examen :
Pour décompter les voix il faut une liste d’émargement, établie à partir des listes électorales. Les votants seront donc formellement identifiés par le versement de la contribution et par la signature de la liste d’émargement, ce qui donnera au PS les moyens de connaître ceux qui ont voté et de faire ainsi la distinction entre les sympathisants et ceux qui n’ont pas souhaité apporter leur soutien.
Sur le plan des principes constitutionnels n’est-ce pas une atteinte aux libertés publiques ? Et ce « fichage » ne favorisera-t-il pas le clientélisme : attribution de logements sociaux, subventions aux associations, avancement des fonctionnaires territoriaux… ?
Comme l’a fait remarquer Olivier Ferrand, président du think tank « Terra Nova » et l’un des inventeurs de la primaire : « ce sont probablement les fonctionnaires sympathisants de gauche, dans les mairies de droite, qui auront le plus de mal à aller voter… ». C’est donc la confirmation qu’il y a un problème !
Conscient du danger le PS n’a pas tardé à réagir et fait valoir que la CNIL n’a rien trouvé à redire dès lors que l’engagement de mise sous scellé puis de destruction des listes dans un délai d’un mois est respecté. Reste qu’il faudra s’assurer qu’elles n’auront pas été exploitées avant ! Il suffirait d’ailleurs aux membres des bureaux de prendre note des votants…
On pourrait parler de procès d’intention, voire de mesquinerie, si l’UMP n’avait produit une note de J.M. Ayrault datée de  novembre 2007. Le président du groupe parlementaire PS à l’assemblée nationale, député-maire de Nantes, demandait aux militants socialistes de désigner, dans chaque bureau de vote, un « référent-militant » chargé de procéder à « un état des lieux du territoire du bureau de vote (habitat, catégories sociales,…) et de « relever les  points d’intérêt particulier du secteur (nouveaux habitants, situation associative, présence de relais connus ou d’opposants notoires à la municipalité…) ».
J.M Ayrault vient d’annoncer son intention de porter plainte. Non pas sur la réalité de cette note (qui avait été reconnue à l’époque avec le commentaire suivant : « la formule retenue était maladroite »), mais sur l’existence d’un fichier. Ennuyeux tout de même…
Y aurait-il une malédiction des primaires ?

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