Si vous avez un côté farceur, ou si vous aimez provoquer, faites le test suivant : dans un diner arrive forcément un moment où, sans parler politique (dans certains milieux c’est même vulgaire) on y fait, à un moment ou un autre, allusion, sous forme de plaisanterie, par exemple. Glissez alors gentiment, même si ça vous coûte, juste pour le fun, " moi, qui vote pour Sarkozy… ". Observez la réaction : gêne, consternation, ironie, commentaire agressif ; vous avez violé, si l’on peut dire, un interdit !
Bien entendu, cela fonctionne, au bistrot, au boulot, partout et dans tous les milieux.
En pratique, cela arrive rarement. Ceux qui n’ont pas la chance d’être de gauche ont appris à ruser : Bayrou ? Accepté mais démodé. Joly ou Hulot peuvent faire sourire mais l’on vous pardonnera. Curieusement on ne s’étonnera pas de votre soutien à Villepin et, avec Borloo, tout le monde vous trouvera sympathique !
Vous vous demandez peut-être où nous voulons en venir ? Voilà : nous continuons à butter sur une énigme, précédemment relevée : pourquoi environ 55 % des sondés déclarent souhaiter la victoire du candidat de gauche et sont aussi nombreux à croire que Sarkozy sera réélu ?
Nous avons, peut-être, une explication. On connaît la fameuse marge d’erreur de plus ou moins 3 % des sondages et l’on sait également qu’ils ne retracent pas les résultats bruts des enquêtes d’opinion. Chaque institut a sa recette pour accommoder les réponses. Le secret, bien gardé, de cette recette s’appelle " le redressement ".
Sans aller jusqu’à partager l’opinion de Mélenchon qui parle de " bidouillages, coefficient multiplicateur, redressement et autres salades pourries… ", on a le droit de s’interroger.
On sait que, traditionnellement, les réponses reçues minoraient fortement le vote FN, d’où la technique du redressement qui, affinée au cours du temps, a fini par donner des estimations correctes du score de J.M Le Pen. (Au fait, Marine Le Pen que l’on dit plus fréquentable, bénéficie-t-elle des mêmes règles de correction que son père ?).
La question est donc : Sarkozy ne serait-il pas actuellement victime du même syndrome ? Tellement " stigmatisé " par les " bien-pensants ", les sondés hésiteraient à exprimer leur préférence.
Ce serait la réponse à l’énigme : " vous pensez-bien que moi, je ne vote pas Sarkozy, mais je suis convaincu que la majorité des français vont le faire "…
Faut-il " redresser " Sarkozy ?
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