C’est maintenant un fait acquis, le président est candidat à un second mandat. Une interview sans ambiguïté dans le Figaro Magazine, une annonce officielle dans la semaine, le premier grand meeting de campagne à Marseille, dimanche prochain. La gauche, qui ne cesse d’exiger que Sarkozy s’engage sans délai, fait mine maintenant de considérer que c’est un non-évènement. Il faudra bien, tout de même, qu’au parti socialiste l'on retienne le nom du Président de la République… ou du candidat sortant si c’est moins difficile à prononcer !
Sans attendre le début officiel de la partie, Sarkozy abat ses quatre premières cartes. Une évidence déjà : il ne va pas se complaire dans les chiffres. La crise, il y a longtemps qu’il en parle aux français. Il va donc tenter de mettre sur le tapis les sujets de société, de préférence ceux qui font clairement apparaître que la droite et la gauche, ce n’est pas la même chose.
Le premier sujet pose la question suivante : l’indemnisation du chômage est-elle un droit absolu, naturel et sans contrepartie, ou peut-on conditionner le versement des allocations à un contrat avec la société ? La contrepartie à l’indemnisation serait, et c’est la proposition de Sarkozy, l’obligation de se former dans un secteur où il y a des débouchés (« les secteurs d’avenir »), puis d’accepter la première offre d’emploi correspondant au métier pour lequel on a suivi la formation. En cas de refus, les allocations pourront être baissées, voire supprimées. Ce dispositif, qui ne concernerait que les chômeurs " sans perspective sérieuse de reprise d’emploi ", suppose une réforme de notre dispositif de formation professionnelle inadapté et trop onéreux (30 milliards par an). Sa mise en œuvre serait alors soumise à débat entre les partenaires sociaux. En absence de consensus elle pourrait être soumise aux français par référendum.
On voit bien que l’on a quitté le terrain de l’économie pour aborder celui du contrat social républicain.
Seconde carte, l’immigration. Le droit de vote aux immigrés, c’est non : « Si les étrangers extra-européens pouvaient voter en France aujourd’hui, songeons comment risquerait d’évoluer le débat municipal…Faut-il des cantines hallal ? Des piscines réservées aux femmes ?...Le droit de vote doit rester lié à la nationalité ».
La régularisation des immigrés ? « Je dis très clairement que, contrairement à M. Hollande, je ne suis pas favorable à la régularisation des étrangers en situation irrégulière qui créerait immédiatement un appel d’air ». Enfin, il pose « la question de la juridiction compétente s’agissant du droit des étrangers. En ce domaine, la concurrence, et souvent la divergence, entre tribunaux administratifs et tribunaux judiciaires est source de grande confusion ». Il souhaite que la juridiction administrative soit seule compétente en matière d’immigration, ce qui impose une réforme de la constitution. Par référendum ? « C’est un sujet dont on peut débattre »…
Evidemment, l’idée de recourir au référendum sur ces deux sujets, le chômage et la maitrise de l’immigration, suscite l’indignation à gauche. Mais, au fait, pourquoi « évidemment » ? Parce que cela va diviser les français ? Mais l’élection présidentielle aussi. D’ailleurs, la réaction immédiate de Hollande a été de déclarer : « Le prochain référendum, c’est l’élection présidentielle ». Ne tombe-t-il pas ainsi dans le piège tendu par son adversaire ? Parce que, si l’organisation d’un référendum devient l’enjeu des présidentielles, est-il si certain que les français accepteront de se voir refuser le droit de donner leur avis sur deux sujets aussi importants ? On ne raisonne pas forcément pareil dans le « microcosme parisien » et dans le reste de la France. Alors, chiche : faisons du référendum l’enjeu principal de la présidentielle !
Troisième carte, le mariage homosexuel : « Je n’y suis pas favorable … En ces temps troublés où notre société a besoin de repères, je ne crois pas qu’il faille brouiller l’image de cette institution sociale essentielle qu’est le mariage ». Et l’adoption par des couples de même sexe ? « C’est une des raisons pour lesquelles je ne suis pas favorable au mariage homosexuel ».
Quatrième carte, l’euthanasie. « L’euthanasie légalisée risquerait de nous entrainer vers des débordements dangereux et serait contraire à notre conception de la dignité de l’être humain…La loi Leonetti est parfaitement équilibrée… ».
Vous souhaitiez un débat droite-gauche, vous l’avez. Et, par la même occasion, un choix stratégique qui pourrait être déterminant. Ou bien Hollande rentre dans la polémique sur ces sujets et le débat sur le bilan passe au second plan, ou bien il laisse filer et abandonne alors ce terrain à la droite. Sacré pari !
Où l’on découvre qu’il était beaucoup plus facile de faire campagne contre un président sortant que contre un président candidat.
Voyons les cartes que Hollande va opposer à celle de Sarkozy.
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