J – 87
Nous l’avons souvent rappelé, ce blog s’intéresse à la dyslexie qui frappe encore le socialisme français «je suis oiseau, voyez mes ailes, je suis souris, vivent les rats». Je suis réformiste, vive la social-démocratie, je suis révolutionnaire, qu’arrive le grand soir.
Un bel exemple vient de nous être donné avec l’affaire Hadopi. "Affaire" parce que nous n’avons pas fini d’en parler. Il s’agit du sort à réserver au téléchargement sur internet.
L’engagement N°45 de Hollande promet que l’on pourra télécharger librement des œuvres sans payer mais que les droits d’auteurs seront financés par une taxe sur les usagers et sur tous les acteurs de l’économie numérique (évidemment répercutée, au final, sur les mêmes usagers). Vieux principe socialiste de redistribution.
Mais il y a eu bug. Peut-être vous souvenez-vous de notre chronique «le hollandais pour les nuls», qui pointait le rôle essentiel joué par la gomme dans l’élaboration du projet du candidat socialiste ? Il s’agissait, alors, du tour de magie qui avait fait disparaitre les paragraphes gênants de l’accord EE-LV/PS.
Voilà que la gomme fait sa réapparition avec le problème du téléchargement illégal. L’expression est, d’ailleurs, très incorrecte. A droite, on dit la loi Hadopi, à gauche, la facilité d’accès à internet.
Un virus redoutable pour le PS. Ou bien, il réprime la délinquance du téléchargement illégal et il se met à dos la quasi-totalité du "rêve français", c’est-à-dire les jeunes qui téléchargent comme Monsieur Jourdain faisait de la prose ; ou bien, il laisse pirater les droits d’auteurs et il perd le soutien des artistes qui votent à gauche comme l’étoile polaire indique le nord.
La solution était apparue, dès le début, évidente et conforme au logiciel socialiste : faire payer les gros, en l’occurrence les entreprises de l’économie numérique et les consommateurs, qui ne sont pas organisés pour se défendre.
C’est ici que la gomme intervient et que l’engagement N° 45 qui disait « Les auteurs seront rémunérés en fonction du nombre d’accès à leurs œuvres grâce à un financement reposant à la fois sur les usagers et sur tous les acteurs de l’économie numérique qui profitent de la circulation numérique des œuvres», devient, en toute discrétion, « grâce à un financement reposant sur les acteurs économiques (on ne parle plus des usagers) qui profitent de la circulation numérique des œuvres ». Notez, au passage ce mot, qui "profitent", mot de passe utilisé à gauche pour évoquer l’entreprise !
Spontanément, nous avons pensé : « bon, ils se sont rendu compte qu’il était injuste de faire payer tous les usagers pour faciliter les pratiques de quelques-uns ». Grosse erreur! Plus de 400 jours de plongée en la solférinologie ne nous ont pas encore totalement déniaisé.
Qui s’est rendu compte du subtil tour de passe-passe et de la disparition de "tous les usagers" ? Philippe Aigrain, «informaticien, chercheur…dont les idées sont devenues emblématiques dans le militantisme pour les biens communs et contre les abus de la propriété intellectuelle, notamment avec son livre "Cause commune : l'information entre bien commun et propriété". Merci Google, mais son blog mérite également une visite (http://paigrain.debatpublic.net/).
Nous voici de retour au cœur du vieux débat : la liberté contre le marché !
Pour Philippe Aigrain, la modification discrètement intervenue est, début de citation:
« d’une importance extrême parce que faire contribuer les usagers au financement des artistes en fonction du nombre d’accès à leurs œuvres, c’est inévitablement entrer dans une logique de reconnaissance légale du partage non-marchand. Ce que je défends avec énergie, et que de dangereux révolutionnaires comme l’ADAMI envisagent sous une autre forme. On aura compris quel genre d’acteur a demandé ce changement-et hélas obtenu-cette modification ». Fin de citation.
En fait, on n’a pas vraiment tout compris. Il semble qu’il soutienne les "dangereux révolutionnaires" de l’ADAMI (société de gestion des droits des artistes- interprètes), qui sont les inventeurs de la licence globale, mécanisme selon lequel tout le monde paye une taxe sur les abonnements, en contrepartie de quoi le téléchargement devient légal. Quant au "genre d’acteur" on peut imaginer qu’il s’agit de la SACEM (société de gestion des droits d’auteurs) qui a milité pour la loi instituant l’Hadopi (Autorité indépendante chargée de sanctionner le téléchargement illicite). Les "dangereux collabos", en somme…
En tout cas, on aura compris la moralité de la fable : on peut être artiste, généralement de gauche et défendre âprement ses intérêts, lesquels ne sont pas les mêmes selon que l’on est auteur ou interprète.
Et si «l’on n’aura pas compris», merci de nous expliquer.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire