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Le fait est reconnu, le grand meeting de Hollande au Bourget fut un succès.
La presse, à peu près unanime, use et abuse de la métaphore aéronautique : "Décollage réussi". Le discours lui-même délivre deux messages principaux.
Le premier : je suis socialiste ; le second, je suis un mec bien.
L'affirmation de son encrage à gauche résulte des leçons reçues de ses maîtres en socialisme, Mitterrand, bien sûr, qui disait : "Au premier tour on rassemble son camp, au second on élargit", exemple à suivre ; Jospin, aussi, qui avait déclaré en 2002 "mon programme n'est pas socialiste", confondant premier tour et second tour, avec le résultat que l'on connaît, erreur à éviter.
Donc il soigne sa gauche : dans la lignée du « mur de l’argent » du cartel des gauches (1924), de « l’argent qui corrompt » de Mitterrand , Hollande s’est doté d’un nouveau slogan : « mon seul véritable adversaire, c’est le monde de la finance ».
Alors, feu sur les banques au travers d’une loi qui séparera activités de crédit et opérations spéculatives, qui interdira leur présence dans les paradis fiscaux, les produits toxiques, les stocks options, et qui encadrera les bonus…
La lutte contre « le monde de la finance » impose un consensus européen ? Pas de problème, il va renégocier le traité issu de l’accord du 9 décembre. L’Europe devra lancer des grands travaux, lutter contre la spéculation, mettre en place les euro-obligations, contraindre la BCE à intervenir sur les marchés, créer une agence de notation européenne, etc. Comment y parviendra-t-il ? Simplement par la force de la légitimité que lui conférera son élection. D’ailleurs, il va inviter la chancelière allemande à signer un nouveau traité avec la France.
Quant aux grandes puissances, elles sont prévenues : il « n’acceptera pas que la monnaie chinoise soit encore inconvertible … », et il « continuera à agir pour une parité juste de l’euro vis-à-vis du dollar » ! On panique en Chine et aux USA …
En France, il va créer une banque publique d’investissement, orienter les financements et les allégements fiscaux vers les entreprises qui investissent et exportent, instituer un livret d’épargne dont le produit sera utilisé pour financer les PME et les entreprises innovantes, baisser l’impôt sur les PME…
Feu évidemment sur les riches : suppression des « cadeaux fiscaux » et des niches fiscales qui profitent aux gros, taxation des revenus du capital comme ceux du travail, fusion (après les avoir rapprochés) de l’impôt sur le revenu et de la CSG, création d’une tranche supérieure de l’impôt sur le revenu (à 45 % pour les revenus supérieurs à 150.000 euros), plafonnement à 10.000 euros des réductions d’impôts provenant des niches fiscales…
Mais pour réunir la gauche, il ne suffit pas de taper sur les riches et les marchés, il faut aussi renforcer toujours plus le modèle social français : construire plus de logements sociaux (mise à disposition de terrains par l'Etat - doublement du plafond du Livret A dont les ressources sont affectées au logement social), bloquer les loyers, garantir un « prix stable et juste » pour l’eau, le gaz et l’électricité (par l’instauration de tarifs progressifs), créer 60.000 postes supplémentaires dans l’enseignement, 1.000 par an dans la justice et dans la police, 150.000 emplois d’avenir (tiens, les revoilà !), instituer les contrats de génération, créer une allocation d'étude (sous condition de ressources) pour les étudiants ... Dépenser !
A noter encore le retour du loup qui rode autour du flou des retraites. Hollande évoque, en effet, une négociation sur la réforme des retraites qui portera sur la pénibilité, les décotes, le montant des pensions, l'âge légal, l'évolution des recettes. Remise à plat complète de la réforme et rerour de l'age légal à 60 ans ?
Il annonce, enfin, de nombreuses mesures touchant à la vie publique et à la société : Il veut (c’est l’annonce surprise de son discours) inscrire dans la constitution la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat, instaurer le non cumul des mandats pour les parlementaires, instiller une dose de proportionnelle à l’Assemblée nationale, réduire de 30 % les rémunérations du président de la République et des ministres.
Et aussi, la fin de la loi Hadopi (téléchargement sur Internet), des mesures pour les handicapée, l’égalité salariale pour les femmes, le vote des étrangers…
En résumé, le projet socialiste que l’on croyait mort est ressuscité ; avec quelques ajouts « made in Hollande ». Des oublis aussi. A peu près rien sur l’environnement (dixit Joly) ni sur la croissance et la compétitivité. Il ne parle pas du temps de travail, du coût du travail, de la flexibilité, pas plus que du chômage partiel. La croissance viendra des projets européens et du pouvoir d’achat résultant des mesures sociales et fiscales, et des incantations sur l’innovation.
Nous ne pouvons malheureusement pas aujourd’hui entrer dans les détails car, si le catalogue est très fourni, il n’y a pas de notices explicatives ni de barème des prix. Attendons jeudi et la présentation du projet chiffré par le candidat.
Quant au « mec bien », tout le monde attendait qu’il se livre un peu, qu’il « fende l’armure », mais nous en avons été pour nos frais. Il a bien remercié son papa et sa maman, rappelé qu’il était « simple et placide », « discret et pas vorace ». Il y a eu un grand moment de suspens quand il a déclaré : « Je vais vous confier mon secret », on s’attendait à du sérieux, comme quelqu’un d’autre, naguère… Raté, son grand secret est qu’il « aime les gens ». C’est un mec bien !
C’était donc la bande annonce, le film et sa promotion c’est pour jeudi.
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