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Guignol nous a offert une nouvelle représentation avec le retour de la candidate écologiste qui, après quelques jours de caprices et de bouderie, est remontée sur scène. Le numéro consiste désormais à taper sur les socialistes et sur leur candidat. Le dialoguiste a du talent : « Il pèse désormais sur les socialistes, le soupçon d’être du bois dont on fait les marionnettes ». L’image est belle, même si elle s'est quelque peu emmêlé les ... flûtes.
Les marionnettes de la filière nucléaire, ce sont les amis de François Hollande traités « d’archaïques face à la modernité de notre projet », lui-même étant accusé de s’être « mêlé de la tambouille politicienne ».
« Je ne suis pas entrée en politique, dit-elle, pour accepter les mœurs de ce petit monde, mais pour la changer ». Elle va donc « gagner cette bataille dans les urnes ». Faisant allusion aux pressions d’AREVA dans la discussion de l’accord avec le PS, elle déclare : « J’en veux aux socialistes d’avoir cédé aussi visiblement aux lobbies du nucléaire ».
Mon dieu, protégez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge, doit se dire Hollande, passé, en quelques jours, du pédalo aux marionnettes…
Mais ce ne sont pas ces amabilités elles-mêmes qui vont déclencher le feu nucléaire. Le pire, c’est qu’elle a refusé de dire qu’elle appellerait à voter Hollande au second tour de la présidentielle. Casus belli… Ces propos vont déclencher une réaction en chaîne.
Côté socialiste, bien sûr.
Martine Aubry demande à Cécile Duflot de « clarifier la position d’Eva Joly », dont elle juge les propos « absolument incompréhensibles ».
Ayrault assène que « quand on se prétend de gauche et quand on prétend créer les conditions de la victoire, il ne faut pas se tromper d’adversaire ».
Moscovici, le directeur de campagne de Hollande, lui demande de « respecter ses partenaires socialistes » et lui rappelle que « l’accord avec les écologistes, certes passé entre les partis, engage également les candidats ».
Mais côté écologiste également.
Cohn-Bendit estime qu’une « fausse stratégie vous amène dans le mur » sans que l’on puisse déterminer s’il est sérieux ou s’il s’agit d’une remarque facétieuse faisant référence à la grosse plaisanterie en vogue chez les Verts : « Eva dans le mur ». Le fait qu’il ajoute « Elle s’est mise dans un cul-de-sac politique » ne permet pas de trancher. En revanche, dire que « sa voix manque dans l’urne ou ne manque pas dans l’urne, ça ne va pas faire la différence » est plus sérieux car cela sonne comme un appel au renoncement.
Le coup le plus rude ne sera pas porté par Duflot (d'ailleurs traitée au passage de "négociatrice aguerrie"), qui n’a rien dit, ou alors si discrètement que personne n’a relevé, mais par le propre porte-parole de la candidate, Yannick Jadot, qui a tout bonnement démissionné de ses fonctions en raison de son « désaccord avec la nouvelle ligne politique d’Eva Joly ». Comme le député européen, tendance Greenpeace-canal historique, antinucléaire notoire, n’est pas n’importe qui chez les Verts, elle a dû sentir passer le vent du boulet.
Du coup, elle s’est sentie obligée de confirmer (heureusement que l’on a inventé Twitter) « qu’évidemment au second tour, la gauche et les écolos devront se rassembler. Je ne suis pas femme à cultiver l’ambiguïté ». Hollande, lui-même, s’est dit rassuré. Et puis elle a reçu un renfort de poids, celui d’Alain Lipietz (vous vous souvenez ? c'est le candidat des Verts à la présidentielle qui avait été éjecté en 2001 pour être remplacé en catastrophe par Mamère) : « Tiens bon, Eva ».
Maintenant, tout le monde se demande si elle ira au bout de sa candidature. Ce nouveau spectacle burlesque confirme que les Verts n’ont jamais été à l’aise avec l'élection présidentielle. C’est pourquoi Cohn-Bendit avait suggéré, il y a longtemps, qu’EE-LV renonce à présenter un candidat et passe directement un accord de gouvernement avec le PS. C’est, en fait, ce qui est en train de se passer, les écologistes étant, déjà, dans l’après-présidentielle.
Reste que Joly a eu bien raison d’évoquer les marionnettes, sauf que, dans la pièce de Guignol qui nous est offerte,elle joue un premier rôle. On la voit bien dans celui de Madelon, la femme de Guignol, donnant force coups de bâton au pauvre gendarme Flageolet…
Nous lui offrons donc « Le Bonheur possible » de Robert Blondin où elle trouvera le conseil suivant : « Quand on prend la peine de découvrir les ficelles, on se sent moins marionnette ».
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