jeudi 3 novembre 2011

CAPBOURRUT

03/11/2011 : J – 183
Quand on évoque un nouveau  21 avril, c’est au candidat du front national que l’on pense, pas à Bayrou.
Il est vrai que, depuis 2007, il traverse un long désert. Son groupe à l’assemblée ne se compose que de deux députés, dont lui-même, il a perdu l’essentiel de ses troupes et la presque totalité de ses officiers supérieurs. Sans compter les finances qui ne doivent pas être bien grasses. Les sondages ne poussent pas, non plus à l’optimisme, avec une estimation qui reste entre 5 et 10 %.
Le ciel paraissait pourtant se dégager : Borloo a jeté l’éponge, et Villepin aussi, semble-t-il. Surtout la crise, et la conscience qu’en ont désormais les français qui la placent au premier rang de leurs préoccupations, lui apporte une caution de clairvoyance et de crédibilité politique. Il avait axé sa campagne de 2007 sur la lutte contre les déficits et il peut clamer « Je vous l’avais bien dit ».
Certes, la victoire de Hollande à la primaire socialiste n’est pas une bonne nouvelle car il lui prend, très certainement, plus d'électeurs que ne l'aurait fait Aubry. Mais le raisonnement peut s’inverser, car si Hollande déçoit, Bayrou pourrait profiter de leur désaffection.
Maintenant qu’il faut compenser le temps de parole confisqué par les socialistes pendant leur primaire, on recommence à le voir dans les médias. Lui aussi a amélioré son style. Moins agressif, il  donne l’image de celui qui peut apporter des réponses à la crise.
Il vient donc de publier un nouveau livre : « 2012, état d’urgence ». S’il y décrit une France au bord du gouffre, il commence son introduction et sa conclusion par la même phrase « Les mauvais jours finiront ». Il y  relève deux questions de vie ou de mort : produire en France et retrouver la meilleure éducation du monde. Or, «  la droite ne peut pas répondre à la question de l’école car elle est en divorce avec elle. Et la gauche est en divorce avec l’entreprise ».
Rien ne sera possible sans rétablissement des comptes publics. Il faut  donc « trouver 100 milliards … je propose 50 milliards d’augmentations d’impôts et autant de réduction de dépenses." La gauche est dans l’illusion quand elle dit « nous allons augmenter les impôts ce qui permettra de nouvelles dépenses publiques… La droite raconte des histoires quand elle dit « nous allons baisser la dépense publique sans augmenter les impôts »".
Avec Sarkozy, fini le temps des invectives. « Depuis quelque mois, il  est un peu plus retenu », dit Bayrou  qui est d’accord avec la règle d’or, avec la fin de la retraite à 60 ans, sur la critique des 35 heures, sur la Libye. Surtout, il parle fréquemment avec le président ; un dialogue pas encore amical, mais franc…
Avec Hollande, il a de bonnes relations, mais « son parti est engagé dans un programme insoutenable pour la France… on ne fera pas 300.000 emplois jeunes, on ne recrutera pas des dizaines de milliers de fonctionnaires…on ne fera pas le retour à la retraite à 60 ans…on ne fera pas d’allocation générale pour les étudiants… c’est un mensonge public ».
« Avoir fait voter 2,5 millions de personnes sur un programme qui ne sera pas appliqué, c’est pour moi une situation de malaise démocratique ». Il a compris d’où venait le danger.
Son point faible reste le même qu’en 2007, quelle nouvelle majorité ? Et il y a toujours cette question que tout le monde pose : qui choisira-t-il au second tour ? Hollande ou Sarkozy ? On lui répète sur tous les tons qu’il ne pourra plus refaire le coup de 2007, qui signerait son arrêt de mort politique.
Mais le béarnais a la tête dure, capbourrut, comme l’on dit chez lui. Ce qu’il espère, c’est un nouveau 21 avril, à son profit, cette fois…

PS. Couverture de l’hebdomadaire "Le Point" de ce jour : « Bayrou l’emmerdeur ». Le dossier qui lui est consacré parait, malgré tout, plus subtil et l’article se termine par « La guerre des deux François a bien commencé ». En attendant une couverture sur « Bayrou le faiseur de roi » ?

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