mardi 13 mars 2012

L’EUROPE, ENFIN …

J – 54
On peut penser ce que l’on veut du meeting de Villepinte mais, comme l’on s’y attendait, Sarkozy a bien renversé la table, au moins sur un thème, l’Europe. Sur ce sujet décisif pour notre avenir, il a fait trois propositions.
Première proposition : réviser les accords de Schengen afin de mieux contrôler l’immigration. L’espace Schengen regroupe les pays de l’Union européenne (sauf la Grande Bretagne et l’Irlande qui n’en font pas partie) plus l’Islande, la Norvège, la Suisse et le Liechtenstein, qui sont associés. Entre ces États, la circulation des personnes est libre, chaque pays contrôlant ses propres frontières vis-à-vis de l’extérieur. Or  les États n’exercent pas tous la même vigilance dans le contrôle de l’accès à l’espace commun.
Nicolas  Sarkozy souhaite établir une « discipline commune dans le contrôle aux frontières » et, comme pour la zone euro, il réclame des règles strictes, des modalités de contrôle par les autres États et des sanctions contre les pays qui ne respecteraient pas ces règles. Il demande aux pays signataires de l’accord de prendre des engagements avec des dates et des décisions dans un délai d’un an, faute de quoi la France suspendrait sa participation.
La deuxième proposition vise à instaurer un « Buy european act », à l’image du «Buy american act », voté en 1933, pendant le New Deal de Roosevelt et toujours en vigueur. Cette loi réserve les achats du gouvernement fédéral aux biens produits sur le territoire américain. La même règle s’applique aux projets, notamment dans le domaine des transports, financés par des fonds fédéraux.
Sarkozy demande qu’une règle identique soit adoptée au profit des entreprises qui produisent et fabriquent en Europe, avec la même menace d’une application unilatérale par la France si dans 12 mois aucun progrès n’était constaté.
La troisième proposition consiste à réserver une partie des commandes publiques aux PME. Il s’agit, ici encore, d’introduire en Europe un dispositif qui existe aux États-Unis, le « Small business act ». Faute d’avancée sous 12 mois, la France appliquera sa propre charte des PME jusqu’à ce que les négociations aboutissent.
La philosophie des ces propositions est double, l'Europe doit protéger ses citoyens et la réciprocité doit être respectée. « Le libre-échange oui, la concurrence sauvage non ! ».
« Je serai critiqué ? Je m’en moque, j’aurais dit la vérité »… C’est effectivement ce qui s’est passé, mais que croyez-vous qu’il arriva ? Un débat sur les avantages, les inconvénients, le réalisme de ces mesures ?
Pas du tout. Les socialistes se sont engouffrés dans l’utilisation politicienne : vous voyez bien que l’on peut renégocier un traité ! Hollande : « Sarkozy m’a accusé pendant des mois de vouloir renégocier le traité sur les disciplines budgétaires et voilà qu’il veut renégocier, non pas un, mais trois traités… ».
Décidément c’est pavlovien, quel que soit le sujet, le réflexe immédiat n’est pas le débat mais l’attaque personnelle ; l’antisarkozysme arme primaire…
Disons-le franchement, l’argument de la renégociation ne vaut pas un pet de lapin. Bien entendu que l’on peut toujours demander de réviser un traité, c’est ce que l’Europe n’a cessé de faire depuis 1957 et c’est ainsi qu’elle avance.
Le problème avec le traité de stabilité européen, c’est qu’il y a le feu et qu’il faut sauver l’euro ! Tous les États de la zone euro ont réussi, après de très dures négociations, à trouver un accord. Ils viennent de le signer et il est maintenant urgent de le ratifier faute de quoi la monnaie unique ne survivrait pas à une nouvelle crise. Rien n’empêchera de le réviser plus tard pour en corriger les défauts, car on en découvrira, de même que rien n’empêche Hollande de proposer, dès son élection, un pacte productif européen puisqu’il considère que c’est ce qui manque. Mais bloquer le traité qui vient d’être signé serait non seulement irresponsable mais tout simplement suicidaire.
Les traités de Schengen, en revanche, dont le premier remonte à 1985, ont démontré depuis leur pleine entrée en application en 1995, il y a plus de 17 ans, qu’ils ne garantissaient pas une bonne protection à nos frontières. Il est donc logique de les réviser. Pourquoi embrouiller les français ?
Quant à l’argument selon lequel Sarkozy aurait dû se réveiller plus tôt sur le « Buy european act », nous retrouvons le second réflexe pavlovien, celui du déni de  crise. Qui peut croire que c’est un sujet qu’il aurait pu mettre sur la table alors qu’il  était au premier rang, aux côtés de Gordon Brown, pour faire accepter aux autres pays du G20 les mesures d’urgence qui allaient éviter le désastre mondial, puis avec Merkel pour sauver l’euro ? Absurde et inquiétant.
Pourtant, des choses, il y en avait à dire sur ces propositions.
D’abord, si l’on est d’accord ou non, sur le principe qui guide ces trois propositions. Les français aimeraient, tout de même, le savoir car c’est un peu plus important que de réviser la constitution pour en retirer le mot « race »…
Et puis, si l’on veut faire de l’antisarkozysme, il suffisait de rappeler que ces trois mesures sont en cours d’élaboration à Bruxelles et que Hollande président interviendrait (« avec toute la légitimité que lui aura donné sa nouvelle élection ») pour les amplifier et les faire aboutir rapidement.
On pourrait aussi émettre des doutes sur la possibilité pour la France d’agir unilatéralement. Parce que les choses sont très compliquées. Schengen est désormais intégré dans le droit et dans les institutions communautaires. Peut-on s’en retirer aussi facilement ? Quant aux règles de concurrence et les relations commerciales internationales, elles sont de la compétence communautaire. Le débat aurait eu une autre tenue, plutôt que de dire « Na Na Na, moi aussi je peux demander la révision d’un traité ».
La vérité est que c’est presque impossible pour Hollande qui sait bien que sur ces sujets son parti est divisé (vous avez remarqué le grand sourire de Montebourg) et que, avec ses alliés, c’est tout simplement ingérable, entre Mélenchon qui se réjouit  « que le candidat lui facilite la tâche car celui qui défend la désobéissance à l’égard de l’Europe, c’est le Front de gauche », Arthaud qui parle de «  plaidoyer infâme pour les barbelés et les murailles », Joly qui plaide pour l’ouverture de frontières…
Oui, l’antisarkozysme c’est plus facile,… sauf si l’on gagne.

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